samedi 22 mars 2014

Tête ou coeur ?

 Avant la tête et le coeur, je suis

Pour la plupart des chercheurs spirituels, le but est une sensation, un ressenti d'amour, d'unité.
Pour d'autres, plus rares, le but est une compréhension éclairée par l'intelligence.
Ces deux races s'entendent rarement. Pour les partisans du coeur, tout ce qui vient de la tête est "intellectuel". Comprenez : superficiel, vide, creux, stérile. Pour les partisans de la tête, ce qui vient du coeur est évanescent, instable et indigne de confiance, aveugle et infantile. 

Mais le message de la non-dualité ne vient ni du coeur, ni de la tête ; ni du corps, ni de l'esprit. 

Les sensations aussi bien que les pensées vont et viennent en la conscience qui ne va ni ne vient. De plus, les pensées sont des objets manifestés par la conscience, incapables de manifester la conscience. Et les sensations sont comme ces belles lumières par temps orageux : elles passent. Et souvent, elles engendrent une addiction presque invincible. 99% de la spiritualité n'est qu'une quête de l'ego : sa purification, son travail, son chemin, son éveil, sa dissolution, sa disparition, etc. 
Le but ne peut être atteint, car le chercheur est ce qu'il cherche.
En ce moment, vous n'êtes pas sûr de ce que vous lisez. Le sens n'est peut-être pas clair, engendre des doutes, des réactions, des hésitations, des interprétations...
Mais vous ne doutez pas que vous êtes ?
Quoi de plus évident ? Indéniable ? Certain ?
La tête et le cœur passent. Tout passe.
La conscience ne passe pas.
Ou alors, disons que notre vraie nature, l'absolu, est ce en quoi passe la conscience.

jeudi 20 mars 2014

Retourner la lumière vers elle-même

Le disciple : Concrètement, c'est quoi cet esprit vide et serein, cette conscience véritable ?
Chinul : Cela qui me pose cette question est justement ton esprit vide et serein, véritable conscience... Pourquoi ne pas retourner la lumière vers elle-même, plutôt que de la chercher au-dehors ?
...
Du matin au soir, à travers les douze heures du jour, durant toutes tes activités quotidiennes - quand tu vois, quand tu ris, quand tu entends, quand tu parles, que tu sois en colère ou heureux, que tu fasses le bien ou le mal - en fin de compte, qui a le pouvoir de faire tout ceci ? Parle !
...
Chinul : Tu entends le coassement de cette corneille et les appels de cette pie ?
Le disciple : Oui.
Chinul : Remonte à leur source et écoute ce qui écoute en toi. Est-ce que tu y perçois le moindre son ?
Le disciple : Là, il n'y a plus de sons ni de pensées.
Chinul : Ah, c'est merveilleux ! C'est la méthode du Bouddha de compassion pour entrer dans le Réel. Je te le demande encore : tu as dit qu'il n'y avait ni sons ni pensées en ce lieu. Mais s'il n'y en a pas, faut-il pour autant dire que cela qui écoute est juste un espace vide ?
Le disciple : En fait, ce n'est pas vide. C'est toujours clair et jamais assombri.
Chinul : Quelle est donc cette essence qui n'est pas vide ?
Le disciple : Elle n'a jamais eu de forme, les mots ne peuvent la décrire.
Chinul : Telle est l'âme de tous les Bouddhas et de tous les maîtres, n'en doute pas !
Comme cela n'a jamais eu de forme, comment cela pourrait-il être grand ou petit ?
Comme cela ne peut être grand ou petit, comment pourrait-il être limité ?
Comme il n'a pas de limites, il ne peut avoir un intérieur et un extérieur...

Pojo Chinul, maître zen coréen, Les Secrets de l’entraînement de l'esprit, trad. Jin Y. Park, in Buddhist Philosophy, essential readings, p. 353

Se fier à ce qui est donné

Laisse tomber tout ce que tu vois ou entends dans la foule, et tiens-toi seulement à ce qui t'est révélé à toi.

Attribué à Henri Suso, trad. W. Wackernagel



mardi 18 mars 2014

La Grande Inopinée



Dans la tradition du tantra, la non-dualité est la réalisation de l'absence de séparation entre la conscience sereine et l'activité quotidienne, entre l’œil du cyclone et le cyclone.

C'est la méditation de Shiva. J'animerais une retraite consacrée à cette pratique durant la première semaine des vacances de pâques, du 12 au 19 avril 2014, en Ardèche.

Voici comment Abhinavagupta décrit cette pratique et son expérience dans La Lumière des tantras :


En se familiarisant avec
L'état qui ne prend ni ne rejette,
On contemple toute chose
Grâce à une conscience sans dualité.
On contemple toute chose
A travers cet émerveillement,
Ce miracle, qu'est la conscience.
Laissant-là cette misère qu'est la recherche de l'efficacité
Et l'obsession utilitariste,
Que l'on vienne reposer en notre vraie nature
Qui est à la fois extérieure et intérieure !
On s'abandonnera alors à la résonance épanouie (de la conscience).
Grâce à cette résonance ouverte,
Que l'on dilate complètement le visage de la conscience.
Alors la roue des souffles, des organes et de la conscience
Ne sera plus séparée de ses objets.
Et ces objets seront réduits en poussière
Par ce feu nommé "conscience".
Une fois résorbé ainsi,
Il se résorbera encore
Dans le feu de la Puissance,
En forme de triangle.
Alors le yogin deviendra souverain,
Totalement détendu en cette existence
Pareille à une sphère,
Intime de la conscience.
Il se délassera
Dans l'essence de (toute) résorption.
Rayonnante d'une beauté à la fois universelle et différenciée,
Il existe une vibration qui est consciente,
Présente aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Elle est la triple Puissance
Qui se contracte et se dilate,
Bien qu'elle ne se contracte pas,
Bien qu'elle ne se dilate pas.
Mais elle se manifeste ainsi (librement).
Ce qui faut reconnaître est à l'intérieur,
Et le regard est posé à l'extérieur :
Ainsi savoure-t-on la meilleure part !
L'attention papillonnante portée à l'utilité des choses
Créées par sa liberté
Est (aussi) conscience.
On dit que c'est la vibration "différenciée"
Que l'on nomme autrement "extraversion".
C'est là que l'on viendra se détendre... 5, 74-82a
Telle est cette divine confluence ses sens et de l'esprit
Que l'on nomme "liberté de la conscience"
Et qui se manifeste les yeux grands ouverts.
Elle a le pouvoir de rendre le monde identique à soi-même.
Tout mouvement résorbé
Par cette parfaite union
En la Grande Inopinée,
On habite dans la nuée bouillonnante de nos propres rayons,
Débordants de plénitude.
Là, on ne pense plus à rien,
On ne se soucie plus de rien.
La claire conscience des (cinq) sens
Devient une conscience dont les étincelles
Suffisent à réduire en cendre le cycle du devenir... 5, 83-85
(Il cite le Tantra de Bhairava à trois têtes :)
Laisse l'inspir s'arrêter.
Oublie l'expir.
Fais l'expérience de la Lumière conscience qui embrasse tout,
Expérience qui procure la connaissance évidente de ce qui est évident !
Pénètre dans le temple, le sanctuaire ultime,
Grâce à la pratique répétée de ce moment (d'immobilité entre expir et inspir).
Cette activité (différenciée de la conscience, des organes et des souffles)
S'apaise et se dépose complètement.
Incomparable, elle est Śiva en personne... 5, 88-89
Reposant en elle, que l'on observe un espace,
Puis un (autre) espace, (plus vaste).
Reposant en cet espace (limité),
Que l'on s'absorbe dans cet espace (plus vaste).
Puis délaissant ces espaces (de plus en plus vastes mais limités),
Que l'on se laisse aller dans l'espace (sans limites).
Et alors, identique à l'espace, on ressentira l'espace... 5, 90b-91a
Présent au cœur de l'être,
Sans rien attendre de l'être,
On le laisse être.
Familier de cette conscience qui est à la fois être et non-être,
On contemplera la cessation de l'être et du non-être. 5,  92

lundi 17 mars 2014

"Mais je n'ai pas de maître !"


A-t-on besoin d'un maître pour réaliser sa vraie nature ?

Pouvoir dialoguer avec une personne est une grande aide. 
Mais tout ceci est imaginaire. Cela dépend de la force de nos croyances. Pour celui qui fantasme sur une rencontre romantique sur le modèle de l'âme-soeur, une telle rencontre peut avoir un fort impacte émotionnel... mais cette émotion, en elle-même, n'est pas la claire vision du réel. Pour celui qui croit que les livres, les textes, ne sont que des mots (peut-être parce qu'il n'a pas les moyens intellectuels de voir autre chose ?), il n'y a en effet guère d'autre solution.
Mais tout ceci reste imaginaire.
Pas de soi. Pas d'autrui. 
Le maître est ce qui n'est pas imaginé.

La cause principale (de la réalisation de notre vraie nature)
est la parfaite connaissance,
qu'elle réside en soi-même ou en autrui.
En effet, les manifestions de soi et d 'autrui
ne sont que constructions imaginaires.

Abhinavagupta, La Lumière des tantras, 1, 233, trad. L. Silburn
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