lundi 3 juillet 2017

Retraite en Espagne : Aux sources du Tantra

Nouvelle retraite cet été
en Espagne
du 28 juillet au 4 août

Aux sources du Tantra 
Méditation et lecture des poèmes d'Abhinava Goupta

avec David Dubois

Aller vivre une semaine 
au cœur de l'Espagne sauvage
pour s'immerger 
dans la langue des yoginîs, 
la langue divine : 
le sanskrit...
Langue du Yoga, de l'Ayourvéda,
elle est aussi la langue du Tantra
et des livres sacrés appelés tantras.

Nous découvrirons ce langage sacré 
à travers les chants et les poèmes de l'un des plus grands maîtres du Tantra : 
Abhinava Goupta, 
qui vécu au Cachemire vers l'An Mille.

Aucune connaissance préalable n'est requise.
En parallèle à la lecture des poèmes
dans leur langue originale,
avec lecture traditionnelle,
chant et
grammaire de Patanjali
(auteur des Yoga Soûtras), 
nous pratiquerons la méditation de cette tradition.
Une occasion unique d'aller à la source de la tradition 
la plus profonde du Tantra et du Yoga, 
dans les mots et au-delà des mots... 

Du vendredi 28 juillet
au vendredi 4 août 2017

à Valdepuertas
près de Molinos,
province de Teruel,
à 270 km de Barcelone,
dans un cadre sauvage et préservé.

Nombre de places limité !

348 euros tout compris pour la semaine,
dans un logement rustique
avec une nourriture simple
et végétarienne.


Renseignement et réservations:

David Dubois
06 03 33 05 58
deven_fr@yahoo.fr

Neus Buira
info@qcentro.org

jeudi 29 juin 2017

Méditation II - le cadre théorique

L'expérience seule ne suffit pas.
Il faut comprendre.
Si on voit sans reconnaître,
c'est comme si on avait pas vu.
Or pour comprendre,
il faut passer par des concepts (vikalpa)
qui permettent d'atteindre une certitude (nirvikalpa -
car ce mot désigne d'abord un état de certitude, dépourvu d'hésitation, plutôt qu'une absence pure et simple de pensées).



Et pour cela, il faut une théorie, une vision d'ensemble.
La pratique prépare cette vision, débouche sur elle,
l'exerce, la confirme et l'approfondit.

Quelle est cette vision ?
La voici, résumée en quelques mots :

"Rien de ce dont (j'ai) conscience
n'est séparé de la Lumière consciente.
Et la Lumière consciente 
n'est pas séparée de la Pensée (vimarsha, shakti).
Et la Pensée n'est rien d'autre
que mon essence, "je".
Je suis la Pensée "je",
l'unique conscience."

(cité par Shivopâdhyâya dans son Explication du Vijnâna Bhairavatantra 137)

L'originalité de cette philosophie de la Reconnaissance, 
- de la philosophie
du shivaïsme du Cachemire donc - 
par rapport aux formes de méditation 
du bouddhisme ancien et de ses équivalents hindous (comme la philosophie
de Patanjali), est d'affirmer que la Pensée est inséparable de la Lumière,
de l'Existence (sattâ), disons de "ce qui est", personnifiés respectivement
par Shiva et Shakti, le Dieu et la Déesse.

Pour le philosophe à l'origine de cette formulation, Outpaladéva,
dire cela fut audacieux.
Car dire que le Principe (tattva) est Lumière consciente (prakâsha),
cela tout le monde l'admet, tant les bouddhistes que les hindous.
Mais ajouter que le cœur vivant de cette Lumière est Pensée,
c'est d'une audace inouïe !
Et d'ailleurs, cela reste audacieux aujourd'hui encore.
Pensée !?!
La pensée n'est-elle pas l'ennemi du bonheur ?

En sanskrit, la Pensée, c'est vimarsha,
que Lilian Silburn traduit par "prise de conscience",
que d'autres (dont moi) ont rendu par "représentation" ou
"réalisation". Et bien d'autres traductions... 
Cette variété traduit peut-être un certain embarras.
Car Vimarsha est d'ordinaire synonyme de vikalpa,
"construction conceptuelle" qui égare l'ego imaginaire
dans des mondes non moins imaginaires.
Pourtant, le fait est : tous les dictionnaires confirment
que vimarsha signifie "pensée", et même "jugement" !
Argh, malheur !!!
Le Tantra, temple des adeptes du 
"penser moins pour sentir plus",
serait donc une sorte d'hyper intellectualisme à la Hegel ?
Le culte de la divine Shakti cacherait-il 
une insupportable idolâtrie du concept ?
Mais comment est-ce possible ? 
J'ai du me tromper quelque part...
Ou bien peut-être le "professeur" Dubois écrit-il cela
parce qu'il n'est qu'un intellectuel incurable ?

Rassurez-vous, je vais très bien.
Mais cette Pensée est là, dans cette philosophie,
c'est un fait aussi avéré que deux et deux font quatre.

Et rassurez-vous encore,
Outpaladéva ne veut pas dire que toute conscience
est naturellement et nécessairement parasitée
par ces voix qui nous hantent
et qui sont la principale cause de nos troubles.

Non, il distingue vimarsha de vikalpa.
Vikalpa est une sorte de vimarsha, certes.
Le langage (les mots, les signes aussi)
sont une forme de la Pensée, sa forme la plus extérieure.
Mais pas toute sa Forme.
Car il y a une Pensée d'avant les mots,
une Pensée sans mots.
Et cette Pensée sans mots,
nous l'explorons dans la pratique 
appelée "méditation".
La Pensée est aussi appelée "intuition"
ou "intelligence intuitive" (pratibhâ) et
"réflexion", "synthèse" (anusamdhâna), entre autres.
De plus, vimarsha suggère aussi le ressenti,
mais le ressenti qui apprécie, qui se délecte,
qui "réalise", qui reprend.
Prakâsha est un fait, ce qui se présente, la manifestation, l'apparence.
Vimarsha est interprétation, regard, appréciation, estimation, jugement, impression, "identification de soi à", "se prendre pour", avec tout ce que cela implique de possibilités, dans le pire (l'esclavage de soi) et dans le meilleur (le dépassement de soi).

[un parallèle, en passant :
prakâsha (Shiva donc) correspond à shamatha :
vimarsha correspond à vipashyanâ,
à creuser :)]

Voilà le cadre théorique et sa pratique.
Tel est l'un des points de divergence entre 
la méditation du shivaïsme du Cachemire,
aussi appelée "méditation de Bhairava" (bhairavamudrâ),
et les méditation bouddhistes et patanjaliques (désolé),
lesquelles, sans rejeter la pensée (indispensable pour vipashyanâ et viveka,
la vision et le discernement), ne vont pas jusqu'à en faire une
énergie inhérente au Principe.

Une fois ce cadre assimilé, en gros,
j'acquière une certitude ("je suis conscience, tout est en moi")
qui me donne de l'assurance, une sérénité de fond,
qui m'aide ensuite dans ma pratique
du silence intérieur,
ou la Pensée se purifie elle-même,
revenant et redécouvrant sa
fluidité.
L'eau et la glace :
de la glace à l'eau.
Le mental, attention fragmentée (en plein de petits glaçons)
redevient conscience ample,
pleine conscience.
Limpide.
...

mercredi 28 juin 2017

Méditation I - Théorie et pratique

Si je ne comprends pas un discours,
j'avoue que j'ai tendance à le rejeter
en disant "c'est théorique... des mots, des mots...".
Je me justifie ainsi de ma paresse
ou de mon incapacité à me concentrer :
à la manière du renard qui trouvait que,
finalement, les raisins tant convoités
mais hors de portée étaient "trop acides",
je sauve les apparences.

Plonger dans le flot,
le monde du silence


L'anti intellectualisme affiché de la plupart
des spirituels illustre cette façon de retomber sur ses pattes.
"Tout ça, c'est de la théorie. Moi, je veux de la pratique,
du concret, du réel". Je veux voir la marchandise.
Et il en va de même pour lesdites "pratiques" :
quand elles exigent une discipline,
nous y reconnaissons volontiers des "concepts". 
Mais peut-être que certains enseignements
ne sont vraiment pas à la portée de certains esprits.
Je ne sais pas.
Pour commencer, on peut exercer son attention (la concentration).
Mais comment devenir intelligent ? 
Question qui fâche, donc rarement posée...

En tous les cas,
dans la voie de méditation que j'explore et que je partage,
il y a à la fois de la théorie et de la pratique.

La pratique, c'est le silence intérieur.
Instant après instant.
...
La théorie, c'est la contemplation intense de ce qui se présente,
de ce qui jaillit, depuis la surface jusqu'aux profondeurs
de la Source bouillonnante, depuis les nuages jusqu'à l'espace frémissant -
l'attention à ces vagues, à cette palpitation, à cette vibration,
à ce flot.

La pratique, c'est immobiliser la bougie.
La théorie, c'est regarder avec sa lumière.
Et il n'y a là rien de dualiste,
puisque ce qui est regardé est ce qui regarde :
Lumière qui s'illumine,
espace qui s'ouvre
sous ses propres caresses.

Cela fait penser au couple shamatha et vipashyanâ du bouddhisme.
Pourquoi ?
Parce que cette voie est celle du Kâlî Krama, l'une des traditions
du shivaïsme du Cachemire (mais qui n'existe pas qu'au Cachemire !),
voie qui révèle le pouvoir libérateur de l'observation
de l'impermanence. 
Kâlî est la conscience divine comme impermanence,
comme Temps qui engendre et qui englouti simultanément.
La théorie - qui est donc une pratique ! - 
est l'attention poussée, continue distincte
de ce Flot divin.

Or comme le Kâlî Krama est, avec le Trika,
la grande voie de l'adoration du tantra non duel,
j'en parlerai la prochaine fois.

mardi 20 juin 2017

En quel sens la manifestation est conscience

Dans son Introduction à sa traduction de la Doctrine secrète de la Déesse (Tripurârahasya, Fayard, 1979), Michel Hulin saisit clairement l'un des points de divergence entre le shivaïsme du Cachemire et l'Advaïta Védânta :

"à la différence de ce qui vaut pour le Védânta, la conscience n'est pas comprise ici comme influencée de l'extérieur (serait-ce fictivement) par une insaisissable mâyâ, mais comme produisant le monde sensible en vertu d'une nécessité intérieure : elle "spatialise" et "temporalise" à partir de son essence la plus intime. Miroir, certes, mais comme le dit l'invocation initiale [de la Doctrine], "miroir pensant", miroir qui suscite en lui-même ses propres reflets, loin de les recevoir passivement de l'extérieur".



Et voilà donc pourquoi le Védânta n'échappe peut-être jamais au dualisme : il conçoit la conscience comme un espace passif, un Témoin face à la manifestation. Le Védânta peut rétorquer que ce face-à-face est fictif, donc non-duel... Reste que cette manifestation demeure pour lui un mystère tout à fait exclut, en droit, de la Lumière consciente. La conscience, selon le Védânta, n'intègre pas la manifestation, mais la réfute seulement. Et quand le Védânta affirme, finalement, que "tout est conscience", c'est parce que la manifestation est réfutée par son impermanence active, face à la permanence passive de la conscience qui se révèle ainsi, dans la doctrine védântique, très proche d'une sorte d'inconscience. A cet égard, il est d'ailleurs révélateur que Shankara (le formulateur de ce Védânta) parle d'abord de l'absolu comme "être", puis ensuite seulement comme "conscience", et presque jamais comme "félicité"...

La citation ci-dessus vient de la Doctrine, oeuvre du Sud de l'Inde qui reste à ce jour l'introduction la plus claire à la philosophie tantrique de la Reconnaissance.
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