mardi 15 décembre 2020

Perpétuel prisonnier


 Perpétuel prisonnier,

il jouit d'une éternelle liberté :

délivré de l'alinéation comme de la délivrance,

je salue cet être ineffable,

ce bienfaisant.

Utpaladeva, Hymnes à Shiva, II, 17

lundi 14 décembre 2020

Où est la vraie lumière ?



 Voici un texte médiéval, attribué à Augustin, paroles qui font écho au début des Quinze versets pour l'éveil (bodha-pancadashikâ) d'Abhinava Gupta :

"Lumière que ne voit pas d'autre lumière,

clarté que ne voit pas d'autre clarté,

lumière qui assombrit toute lumière

et lumière qui ternit toute lumière étrangère,

lumière dont vient toute lumière,

clarté dont vient toute clarté,

clarté devant laquelle toute clarté est ténèbres,

devant laquelle toute lumière est obscurité,

lumière pour laquelle toutes les ténèbres sont lumières,

pour laquelle toute obscurité est lumière,

lumière suprême que l'aveuglement ne voile pas,

que le nuage n'affaiblit pas,

que les ténèbres n'assombrissent pas,

qu'aucun obstacle n'arrête,

qu'aucune ombre ne traverse jamais,

lumière qui illumine tout en son entier en même temps,

en une fois et toujours,

absorbe-moi dans l'abîme de ta clarté

afin que je voie partout en toi,

moi en toi 

et tout sous toi.

Ne m'abandonne pas !"

Les Soliloques, XIII, trad. Cédric Giraud dans Ecrits spirituels du Moyen-Âge, Gallimard

Abhinava Gupta joue ce même jeu d'éveil dans son Poème pour l'éveil (Bodha-pancadashikâ) :

"Lumière qui ne se lève ni ne se couche,

Jamais lumières ni ténèbres ne la touche,

En cet espace reposent ombres et clartés,

En cette Lumière qui ne s’est pas reposé.


Substance des choses, il est le Seigneur ultime

Qui de tous les êtres forme l’essence intime.

La nuée des apparences illimitées

N’est autre que sa belle souveraineté."

Hara Bhatta Shâstrî, un maître du shivaïsme du Cachemire du XXème siècle, explique :

"En effet, la Lumière consciente absolument libre est ce qui manifeste tout. "Toujours manifeste", elle n'a pas besoin d'une autre lumière pour l'être : elle est auto-lumineuse. Et aussi, (elle n'a pas besoin d'une autre lumière) "parce qu'elle ne se couche jamais", car il y a ces textes révélés (qui nous le confirment1) : 
Ce Soi est manifeste une fois pour toutes. 
Le voyant ne perd jamais sa vision, car elle est impérissable. 
"Cet Un" est sans-second. Il est le même "dans la lumière" : dans les lumières du soleil, etc. et dans les lumières des moyens de connaissance, etc. Il est aussi "un dans l'obscurité" : dans les ténèbres de la folie, du coma, et autres (état d'inconscience). Pourquoi ? Parce que c'est lui qui se manifeste à l'intérieur de ceux pour qui plus rien ne se manifeste à l'extérieur. Même à l'extérieur, seule existe la Lumière de la conscience. L'extérieur n'existe qu'à l'intérieur (de la conscience). L'éclat du soleil et les ténèbres dépendent de son existence. En effet, sans cette lumière qu'est la manifestation consciente, absolument rien - un vase, par exemple - ne peut être manifeste. Or, la "lumière" des (choses telles que le soleil ou les ténèbres) se lève et se couche (en ce sens qu'ils ne sont pas toujours manifestes). La Lumière consciente, en revanche, n'est pas affectée par ces apparitions et ces disparitions. "

Extrait de Poème pour l'éveil, cliquer ici se procurer ce livre

dimanche 13 décembre 2020

"Je ne trouve plus de moi..."

 

"L’âme paisible et également souple à toutes les impulsions les plus délicates de la grâce, est comme un globe sur un plan qui n’a plus de situation propre et naturelle. Il va également en tous sens, et la plus insensible impulsion suffit pour le mouvoir. En cet état, une âme n’a plus qu’un seul amour et elle ne sait plus qu’aimer. L’amour est sa vie, il est comme son être et comme sa substance, parce qu’il est le seul principe de toutes ses affections. Comme cette âme ne se donne aucun mouvement empressé, elle ne fait plus de contretemps dans la main de Dieu qui la pousse : ainsi elle ne sent plus qu’un seul mouvement, savoir celui qui lui est imprimé de même qu’une personne poussée par une autre ne sent plus que cette impulsion, quand elle ne la déconcerte point par une agitation à contretemps. Alors l’âme dit avec simplicité après saint Paul : Je vis, mais ce n’ai pas moi, c’est Jésus-Christ qui vit en moi. Jésus-Christ se manifeste dans sa chair mortelle , comme l’apôtre veut qu’il se manifeste en nous tous. Alors l’image de Dieu, obscurcie et presque effacée en nous par le péché, s’y retrace plus parfaitement et renouvelle une ressemblance qu’on a nommée transformation. Alors si cette âme parle d’elle par simple conscience, elle dit comme sainte Catherine de Gênes : Je ne trouve plus de moi; il n’y a plus d’autre moi que Dieu."

Fénelon, Explication des maximes des saints, 1697


samedi 12 décembre 2020

Comme des dessins tracés sur l'eau



Se faire égal comme le miroir, fluide comme l'eau, comme...

 "… une eau tranquille devient comme la glace pure d’un miroir. Elle reçoit sans altération toutes les images des divers objets, et elle n’en garde aucune. L’âme pure et paisible est de même. Dieu y imprime son image et celle de tous les objets qu’il veut y imprimer. Tout s’imprime, tout s’efface. Cette âme n’a aucune forme propre, et elle a également toutes celles que la grâce lui donne. Il ne lui reste rien, et tout s’efface comme dans l’eau dès que Dieu veut faire des impressions nouvelles. Il n’y a que le pur amour qui donne cette paix et cette docilité parfaite. Cet état passif n’est point une contemplation toujours actuelle. La contemplation qui ne dure que des temps bornés fait seulement partie de cet état habituel. L’amour désintéressé ne doit pas être moins désintéressé, ni par conséquent moins paisible dans les actes distincts des vertus que dans les actes indistincts de la pure contemplation."

Fénelon, Explication des maximes des saints

Toutes choses sont Dieu


 Parmis les hérésies pourchassées sans pitié par l'Eglise figure celle d'Amaury de de Bène et de ses disciples. Le 19 novembre 1209 "dix condamnées subirent la peine du bûcher... Ils moururent sans manifester le moindre repentir. Le sous-diacre Bernard prétendit même qu'aucun incendie, aucun supplice ne pouvait l'affecter, parce qu'il était Dieu pour autant qu'il possédait l'existence... L'on accorda le pardon aux femmes et à ceux qu'une crédulité naïve avait amenés dans la secte..." (Histoire du panthéisme populaire, p. 22).

Leur enseignement :

"Tout est un, car tout ce qui est, est Dieu. Actuellement Dieu est revêtu de formes visibles au moyen desquelles il veut être vu des créatures. il se manifeste par le moyen d'accidents extérieurs. Le corps du Christ se trouve donc présent sous les accidents visibles du pain avant la consécration (=tout est Dieu manifesté). Le Fils s'est incarné en se soumettant à une forme visible. Le Fils incarné n'a pas été autrement Dieu que ne l'est l'un de nous. Le Saint-Esprit, incarné en nous, nous révèle toutes choses, c'est en cette révélation que consiste la résurrection des morts. C'est pourquoi nous prétendons être déjà ressuscités. Les enfants issus de l'union de l'un d'entre nous avec une femme de la secte n'ont pas besoin de baptême.. Dieu a parlé par la bouche d'Ovide aussi bien que par celle d'Augustin. Le corps de Christ n'est pas autrement dans le pain consacré que dans tout autre pain ou dans n'importe objet. Si quelqu'un vit au sein de l'Esprit, et qu'il commet les plus grossiers péchés, il ne pèche pas car l'Esprit, qui est Dieu, ne peut pécher, et l'homme, qui n'est rien, ne peut pécher aussi longtemps que cet Esprit, qui est Dieu, est en lui. Cet Esprit opère tout en tous. L'homme possède en lui la connaissance de Dieu. L'enfer habite dans l'âme quand l'homme commet des péchés mortels. Aucun péché n'est imputé à ceux qui vivent dans la charité. La créature se transforme en Dieu et elle retrouve en lui son propre être et son principe. L'âme, lorsqu'elle monte à Dieu au moyen de l'amour, se dépouille complètement de sa nature particulière et retrouve en Dieu son immuable et éternelle essence. Une telle âme perd son propre être et reçoit l'être de Dieu. Elle n'est plus une créature, elle ne voit plus et n'aime plus Dieu, mais elle est Dieu lui-même, objet de toute contemplation et de tout amour." (id., p. 26)

"Toutes choses sont Dieu. Aucun mouvement ne saurait être attribué à Dieu, parce que toutes choses sont en lui et qu'il est lui-même toutes choses. Dieu est l'essence de toutes les créatures et l'être de toute chose. De même que la lumière n'est point perçue en elle-même, mais dans l'air, ainsi Dieu ne peut pas être compris en lui-même, mais seulement dans les créatures. Dieu est appelé la foin de toutes choses, parce que toutes choses doivent retourner en lui et demeurer en Dieu dans un repos inaltérable, au sein de l'unité indivisible." (id. p. 27) 

"Tout est un, car tout est Dieu. L'homme de bien, en s'unissant à l'être absolu, peut devenir Dieu comme le Fils l'a été. De même que l'incarnation du Fils a aboli les prescriptions de l'ancienne alliance, ainsi le Saint-Esprit, s'incarnant dans les hommes disposés à le recevoir, abolit pour eux les sacrements de la nouvelle alliance.  Désormais le culte des saints et des reliques est une idolâtrie et la hiérarchie sacerdotale, persécutrice de la vérité, une abominable institution." (id. p. 30)

Un prélat raconte : "j'ai entendu une mère et sa fille, atteintes de ces mêmes erreurs, quoique d'opinion différente sur certains points, faire preuve d'une connaissance très approfondie des propositions qu'elles défendaient ; elles furent brûlées toutes les deux."(id. p. 33)

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