Affichage des articles dont le libellé est eau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est eau. Afficher tous les articles

vendredi 18 juin 2021

Se faire transparent





Prenons le temps de lire posément ce texte hors du commun :

 "Plus les choses sont simples, plus elles sont pures et plus elles ont d'étendue. Rien de plus simple que l'eau, rien de plus pur ; mais cette eau a une étendue admirable à cause de sa fluidité. Elle a aussi une qualité, que, n'ayant nulle qualité propre, elle prend toute sortes d'impressions. Elle n'a nul goût et elle prend tous les goûts, elle n'a nulle couleur et elle prend toutes les couleurs. L'esprit et la volonté, en cet état, sont si pures et si simples que Dieu leur donne telle couleur et tel goût qu'il lui plaît, comme à cette eau, qui est tantôt rouge, tantôt bleue, enfin imprimée de telle couleur et de tel goût que l'on veut lui donner : il est certain que, quoique l'on donne à cette eau les diverses couleurs que l'on veut à cause de sa simplicité et pureté, il n'est pourtant pas vrai de dire que l'eau en elle-même ait du goût et d ela couleur, puisqu'elle est de sa nature sans goût et sans couleur, et c'est ce défaut de goût et de couleur qui la rend susceptible de tout goût et de toute couleur. C'est ce que j'éprouve de mon âme : elle n'a rien qu'elle puisse distinguer ni connaître en elle ou comme à elle, et c'est ce qui fait sa pureté. Mais elle a tout ce qu'on lui donne et comme on lui donne, sans en rien retenir pour elle. Si vous demandiez à cette eau quelle est sa qualité, elle vous répondrait que c'est de n'en avoir aucune. Vous lui diriez : "Mais je vous ai vue rouge !e - Je le crois, mais je ne suis point rouge ; ce n'est pas ma nature. Je ne pense pas même à ce qu'on fait de moi, à tous les goûts et à toutes les couleurs qu'on me donne." Il en est de la forme comme de la couleur. Comme l'eau est fluide et sans consistance, elle prend toutes les formes des lieux où on la met, d'un vase rond ou carré. Si elle avait une consistance propre, elle ne pourrait prendre toutes les formes, toutes les odeurs, tous les goûts et toutes les couleurs."

Madame Guyon, Lettre à Bossuet, 1694, soit l'année où meut Simon de Bourg-en-Bresse, auteur des Saintes élévations de l'âme à Dieu, extraordinaire manuel de vie intérieur que je vais bientôt publier.

Ce passage explique que, si je ne suis rien, je puis tout devenir. Cependant, je ne suis pas exactement "rien" : plutôt, je suis incolore. Mais je suis. "Je suis" est conscience, comme un cristal limpide qui paraît rouge quand on le pose sur du rouge. Cette illustration est classique en Inde. 

Je suis conscience, lumière incolore, capable de se manifester de  toutes les manières possibles, les pires comme els meilleures. Tel serait, selon Pic de la Mirandole dans sa fameuse Lettre sur la dignité de l'homme, le fond de la valeur de la personne : l'âme n'est rien en propre, elle peut donc assumer toutes les personnes, comme le cristal peut assumer toutes les couleurs parce qu'il n'en a aucune. Voilà pourquoi nous avons l'impression de pouvoir subir n'importe quel conditionnement, sans que cela nous transforme vraiment. Pour le meilleur comme pour le pire. Parce que je ne suis aucune forme, je peux toutes les voir, c'est-à-dire les accueillir en moi, qui si espace voyant. 

Pour que cette transparence devienne bonne, il faut se tourner vers Dieu. Autrement dit, il faut encore que l'espace voyant que je suis se réalise précisément comme cet espace transparent, libre de toutes les couleurs, libre pour toutes les couleurs. La promesse spirituel est que cet abandon en totale transparence ne sera pas pour le pire, mais bien pour le meilleur. 

lundi 21 septembre 2020

Équivalents de l'équinoxe



 Cascades ce matin, trombes drues.

Les bruits des moteurs noyés dans le crépitement.

L'averse est une douche intérieure.

Chaque goutte semble étouffer une pensée,

maintenant le bavardage dans un œuf translucide,

tout de silence immense.

Tout recoule dans son élan,

tel un bassin versant vers son fleuve,

lequel coure vers son océan.

Ce jour d'équinoxe est un jour de choix.

Dame nature décide. Elle choisit.

Quand je choisis, je plonge dans la mer.

Subrepticement, les vaguelettes bavardes 

se remettent à l'unisson de leur total.

Ce jour de même,

nature se remet à zéro.

Ni ceci, ni cela,

disponible pour ceci et cela.

Qui désire trouver la source

n'a qu'à se laisser glisser

à l'origine de n'importe quel mouvement.

Suivre la pente comme les eaux

du bassin versant.

Laisser le tout choisir.

Moi je reste le total des puissances.

Je reste sans rien, riche de tout,

tel un ciel délesté de ses nuées.

Il y a un ciel intérieur.

Clair, net, vierge, sauvage, impartial.

Mais bon.

Elle est la vastité qui se dévoile 

entre les deux versants du oui et du non.

Notre grand équinoxe du jour

enveloppe ainsi mille petits équilibres,

autant d'invitations à l'équanimité.

Et, peut-être, à la plongée.

mercredi 8 avril 2020

Méditation de l'eau

Je m’assois au bord d'une eau courante.
Elle parle, telle mon intérieur.
Je l'écoute : elle remplace mon bavardage.
Un riant gargouillis, clochettes limpides,
envahissantes et pleines de tact, pourtant.

Ce flot extérieur emporte le flot intérieur.
Je ne fais rien des pensées, des sensations, 
de tous ces mots, murmurés ou articulés.
Ils passent et trépassent dans l'étonnement,
sans que je n'y fasse rien.

Théorie et expérience sont submergée.
Ma méditation est une motte sèche.
L'eau de la présence éveillée s'infuse en elle.
Elle se dilate, éponge immergée sous 
la surface miroitante.

Théorie, expérience, méditation :
autant de noeuds défaits par le faire liquide.
Il ne reste que l'eau nue, 
les restes déposés au fond,
pépites oubliées, laissées aux caprices de l'eau.
Le vide masse le vide.
L'espace caresse l'espace.
Le corps sent le corps.
Les invités ramassent les miettes,
algues réduites à mouvement total
en la transparence immaculée.

Oui, c'est un mouvement puissant,
mais absolument transparent.Rien à faire.
Laisser défaire, laisser se défaire,
laisser les tourbillons 
se faire en se défaisant,
en un seul et même geste muet.

Si je ne fais rien, 
il n'y a rien a faire.
Pourtant tout se fait.
Entre l'éveil et le sommeil,
l'épaisseur du néant.
Plus je regarde, moins il y a
à voir. 
Le regard plonge
et ne rencontre aucun obstacle.
L'aigle plane
et ne s’emmêle pas les plumes.
Le milan plane
et il ne laisse aucune trace.
Son regard ne vacille pas,
ne cherche rien, ne perd rien.
Il est pourtant vaste
et ne manque aucun détail.

Le flot surgit, libre.
Il passe, libre.
Il s'en va, libre.

Il n'y a plus rien d'ordinaire
quand je ne cherche plus rien que l'ordinaire.
Il n'y a plus d'étiquettes 
dans cette évanescence.
Plus le temps d'y mettre des signes,
quand tout fait signe vers l'immense.
Plus de penchants, plus de choix,
quand la source coule franchement.
Le surgissement des chose
coïncide avec leur effacement :
que ferai-je d'une "méditation" ?
Tout est translucide :
que ferais-je d'une théorie ?
Tout déborde :
que ferai-je d'une "expérience" ?


Quand l'objet s'écoule,
il coule dans le sujet.
Le sujet recoule dans l'étonnement,
l'étonnement plane en lui-même,
nu comme le ciel,
ferme comme un pic.
Quand je laisse faire,
les piges se défont,
quand l'eau est laissée sauvage,
de glace il n'est plus de cage.

(je laisse le reste aux grandes eaux)

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...