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jeudi 21 octobre 2021

L'harmonie du Tout

Lessons from Totality: Learning from the 2017 Total Solar Eclipse |  Programming Librarian 

 

 La voie du Tantra n'est pas l'une de ces voie où l'on doit s'amputer dune partie de nous pour en gagner une autre. il n'est pâs question de sacrifier le corps pour l'âme, ou la raison pour l'intuition. Le Tantra nous invite à voir l'harmonie du Tout. Or, nous sommes un Tout, un Tout à l'intérieur du Tout. Un petit Tout, mais un Tout quand même. Or, un Tout ne s'ampute pas, s'il est bien un Tout. Un Tout intègre ses parties, comme les parties d'un instrument de musique. Il serait absurde d'arracher les cordes de ce violon, croyant en faire un meilleur instrument, capable d'une musique meilleure. Je peux remplacer les cordes, je peux les accorder au reste de l'instrument. Mais la beauté ne peut s'exprimer au prix du sacrifice définitif de l'une des parties. La beauté résulte de l'harmonie de toutes les parties, sans en exclure aucune.

 Or, les parties du Tout que chacun de nous est, ce sont nos pouvoirs, nos shaktis, nos facultés. Voir, sentir, imaginer, penser, juger, se souvenir, oublier, choisir. Il n'est donc pas question d'en sélectionner une, ou d'en exclure certaines. Le Tantra indique huit voies vers le divin Tout : la vue, l'odorat, l'ouïe, le toucher, le goût, l'analyse, le choix et l'ego. Les huit parties correspondantes dans le cosmos sont la solidité, la cohérence, la lumière, la fluidité, la transparence, le soleil, la lune et l'âme cosmique. 

Intégrer, accorder, réconcilier donc, et non pas sacrifier définitivement. Certes, des distinctions peuvent être nécessaires. mais elles sont provisoires. ce sont des étapes, des fins intermédiaires et non pas la fin ultime. En cours de route, je peux m'asseoir à l'ombre d'un arbre, dit Utpaladeva, afin de me reposer du soleil. mais ça n'est pas là le but et le terme de mon voyage. De même, je peux faire le vide, ou laisser le vide se faire en moi, ou plonger dans ce qui, en moi, est toujours vide et comme vierge des bruits du monde. Me reposer du siècle à l'abri du silence. mais cela n'est pas le but ultime. Le but ultime est l'harmonie en laquelle tout est intégré, comme tous les organes d'un être vivant en bonne santé.  

 Il ne s'agit pas de choisir une shakti au détriment des autres, car alors le Tout ne serait plus le Tout, mais une partie du Tout. Un fragment, si précieux fut-il. C'est au travers de la totalité de ces shaktis, de ces pouvoirs, de ces expériences, que je me réalise, au-delà de mon individualité et en l'intégrant.

Abhinava Gupta, dans sa Libre méditation sur le Tantra de la Déesse-Alphabet (Mâlinî-vijaya-vârttika), dit ceci :

"Il n'y a pas que l'omniscience absolue, car nous faisons aussi ces expériences [plus ou moins limitées] : 'je suis Pierre', 'je vois ce vase, non ce vêtement', 'mais tel autre le voit', 'je vais le voir, ou pas', 'je vois à la fois le vase et le vêtement', 'ce vêtement ne voit rien', 'j'ai vu ce vase, je ne le vois plus', 'je vois, peu à peu, partiellement, ou d'un seul coup', 'je vois tout', 'je ne suis pas quelque chose', 'je ne connais rien', 'je n'existe pas', 'je suis tout, rien n'est séparé de moi'... Car c'est une seule et même Conscience qui se manifeste ainsi et autrement." 70-74

Ce que décrit ici le maître, c'est l'odyssée de la conscience à travers mille expériences, qui sont ses mille shaktis, ses pouvoirs. Aucune expérience n'est exclue. Certes, il y a hiérarchie et ordre, car 'je suis tout' est une expérience plus complète que 'je suis ce vase'. Cependant, même les expériences limitées sont inclues dans la Conscience ; ce sont des aspects de l'unique expérience, de la réalisation totale. 

Ainsi, il y a une harmonie de de Chemin du Tout (grâma). Tout est la Conscience, l'Être, en train de se réaliser, de s'explorer, de se perdre et de se retrouver, car telle est son jeu souverain, son absolue liberté. 

C'est un mystère qui dépasse la raison. Et pourtant, la raison, cette lumière innée, y participe, selon sa mesure. Mes cinq sens y participent aussi. Tout cela est participation d'amour, bhakti. Tout cela est relation et unification, guerre et réconciliation, aspiration vers l'harmonie. Bien et Mal sont enveloppés dans ce Bien absolu, ultime, primordial et final. Chaque fragment participe selon sa manière propre à l'harmonie du Tout, rien n'y échappe, pas même le Diable diviseur.

Il n'est donc pas nécessaire de se châtrer pour accéder au royaume des cieux. 

mardi 24 novembre 2020

Peut-on aspirer au néant ?

"Puis-je aspirer au néant ?"



 Le bouddhisme ancien est-il un "culte du néant" ?

Si tel était le cas, il ne serait pas le seul.

En effet, la plupart des écoles anciennes de l'Inde, disons celles qui précèdent le tantrisme qui émerge vers le IVè siècle, aspirent à un état qui n'est guère différent du néant, pour autant que cette notion ait un sens.

Pour le Sâmkhya, le yoga de Patanjali et le Vedânta, notre essence indestructible et réelle, notre Soi, est une conscience pure, si pure qu'elle est absolument immuable, passive, inerte comme une enclume (kûtastha). Après la délivrance, il n'y a plus rien, plus aucun mouvement, plus aucune sensation, ni émotion, ni sentiment, ni désir, ni conscience de quoi que ce soit. Le Vedânta compare d'ailleurs cette condition ineffable au sommeil profond, à l'inconscience. 

L'école du Nyâya va jusqu'au bout de cette logique du néant : selon elle, il n'y a pas même de conscience dans l'état de délivrance. C'est à ce prix, affirme-t-elle, que l'on ne souffrira plus. La délivrance de la souffrance. Donc une condition purement négative, sans aucune contrepartie positive. Le néant. Pour échapper à la douleur, il faudrait donc se suicider entièrement. Par une technique de destruction progressive des affects et de la cognitions, comme celle du yoga de Patanjali, on s'éteint, comme la flamme d'une bougie privée de combustible. Il n'y a plus rien, plus d'être, plus de mouvement, plus de vie, plus de conscience. 

Or, peut-on vraiment aspirer à une telle autodestruction ?

Bien sûr, chaque être conscient (ou vivant, ce qui revient au même), aspire cycliquement au néant : quand je suis fatigué, repu ou comblé, je plonge avec délices dans le néant du sommeil profond. Seulement, cet état est provisoire. C'est une mort pour mieux renaître, un jeûne pour mieux savourer, et non une fin ultime, une fin en soi. C'est une partie du tout, et non pas le tout lui-même. C'est le creux d'une vague, et non pas une vague, et encore moins l'océan. C'est un expir dans le cercle du souffle spirituel, un pas dans la danse du mystère. Réduire ce pas au total de sa chorégraphie est une erreur. Une erreur que ces philosophies commettent.

Dès lors, il n'est guère étonnant que ces doctrines, nihilistes en ce sens, parlent aux matérialistes contemporains. En effet, selon les uns et les autres, la personne n'est qu'une illusion, réductible à un flux d'objets, d'atomes, de cognitions, à un néant de pure inconscience. La vérité est dans l'instant du néant. En outre, ce genre de déconstruction de la pensée sert les visées du Marché : plus d'identité, plus de limites, plus de frontières, plus rien qui s'oppose au flux des marchandises. Un flux infini dans le néant informe. 

L'opposé de cette erreur est l'occultisme : prenant l'état de rêve comme vérité absolue, ses partisans ne jurent que par les miracles de l'imagination. Selon eux, ce qui n'est pas émotions, ce qui n'est pas charnel, sensuel, coloré et goûtu, est sans vérité ni valeur. 

Mais la vérité est pourtant dans le tout. c'est ce qu'il faut réaliser. La vie est cycle, inspir du jour et expir de la nuit. Quand je salive pour une chouquette, c'est un aspect de la vérité, non son total. Quand je suis comme repu et dégoûté des chouquettes, un autre aspect se présente, qui n'est pas non plus le total de l'être, mais seulement l'une de ses facettes. la vérité est dans le Tout, un Tout qui se dévoile progressivement en une marche faite de jeu entre des opposés ou des complémentaires.

lundi 21 septembre 2020

Équivalents de l'équinoxe



 Cascades ce matin, trombes drues.

Les bruits des moteurs noyés dans le crépitement.

L'averse est une douche intérieure.

Chaque goutte semble étouffer une pensée,

maintenant le bavardage dans un œuf translucide,

tout de silence immense.

Tout recoule dans son élan,

tel un bassin versant vers son fleuve,

lequel coure vers son océan.

Ce jour d'équinoxe est un jour de choix.

Dame nature décide. Elle choisit.

Quand je choisis, je plonge dans la mer.

Subrepticement, les vaguelettes bavardes 

se remettent à l'unisson de leur total.

Ce jour de même,

nature se remet à zéro.

Ni ceci, ni cela,

disponible pour ceci et cela.

Qui désire trouver la source

n'a qu'à se laisser glisser

à l'origine de n'importe quel mouvement.

Suivre la pente comme les eaux

du bassin versant.

Laisser le tout choisir.

Moi je reste le total des puissances.

Je reste sans rien, riche de tout,

tel un ciel délesté de ses nuées.

Il y a un ciel intérieur.

Clair, net, vierge, sauvage, impartial.

Mais bon.

Elle est la vastité qui se dévoile 

entre les deux versants du oui et du non.

Notre grand équinoxe du jour

enveloppe ainsi mille petits équilibres,

autant d'invitations à l'équanimité.

Et, peut-être, à la plongée.

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