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mercredi 28 janvier 2026

L'éveil par la mémoire

En Inde, l'anneau est le signe de reconnaissance par excellence


Sur le chemin spirituel...

Le libre-arbitre n'est-il qu'une illusion ?

L'individualité n'est-elle qu'une fabrication ?

La mémoire n'est-elle qu'un obstacle ?

 Le shivaïsme du Cachemire va à l'encontre des opinions dominantes. 

En effet : 

1) Nous sommes doués de libre-arbitre. Il résulte de la libre contraction de l'absolue liberté divine.

2) L'individualité n'est pas une fabrication imaginaire, mais l'oeuvre de Dieu. Sur cette base, l'individu peut, grâce à son libre-arbitre, s'édifier ou se détruire. L'indivi-dualité est l'un des trois mystères sublime de la tradition de la Déesse, le Trika.

3) Enfin, la mémoire, loin d'être un fardeau, est la Pierre Philosophale capable de transmuter la vie de celui qui reconnaît en elle un pouvoir divin. La mémoire est ainsi la preuve de notre nature divine et le signe grâce auquel on peut la reconnaître. Car, comme le dit un maître de la tradition des Yoginîs :

« Si tous les contenus de l’expérience
ne demeuraient pas à l’intérieur (de la conscience),
préservés par leur identification à Ton propre Soi,
alors aucune mémoire 
- ayant pour nature la conservation de ce qui a été connu -
ne serait possible ! »

Le sanskrit :

yad āha bhaṭṭa-divākaraḥ : 

sarve’nubhūtā yadi nāntar-arthās tvad-ātma-sātkāra-surakṣitāḥ syuḥ | 

vijñāta-vastu-apratimoṣa-rūpā kācit smṛtir nāma na saṃbhavet tat ||

(cité par Abhinavagupta dans sa Grande Méditation sur la Reconnaissance)

A noter : l'Auteur de ce verset fait allusion à la définition de la mémoire par Patanjali.

David

lundi 10 mai 2021

Eveil par l'oubli



 Avec l'âge, l'oubli s'installe. 

On a de plus en plus de mal à trouver ses mots. Cela arrive aussi par émotion ou "par hasard". Mais dans tous les cas, quand le mot ou le nom tardent, il y a dans cet intervalle de vide une opportunité de reconnaître cette présence nue qui est toujours présente, mais qui semble d'ordinaire recouverte par les distractions.

"Si, par hasard,
tu oublies ce que tu voulais
ou ce dont tu parlais,
tu seras libre
au moment où tu t'en souviendras."
 
(Bodhodayamanjarî, Bouquet pour l'éveil, 29)

_________________________

C'est comme renaître. Ou comme attendre sur un quai de gare. C'est un de ces contre-pieds où le regard peut se renouveler. C'est comme un asticot qui, voulant passer d'un brin d'herbe à un autre, doit s'étendre, se dé-contracter. C'est cela s'éveiller : reconnaître la paix bienheureuse tant recherchée dans ce silence entre le mot où je cherche à me souvenir, et le moment où le souvenir enfin surgit. L'intervalle entre deux pensées, deux mouvements.

Il y a aussi une joie spéciale au moment où, enfin, l'on se souvient, au moment où l'on reconnaît, où le train arrive. Avant qu'un nouveau bavardage ne vienne recouvrir cette joie, elle est comme dépouillée, elle n'est pas joie pour ceci ou pour cela, mais joie simple, pure expansion dans le silence, surprise devant cette expansion, étonnement d'être, pure intuition d'être.

Sur ce modèle, chacun pourra découvrir en sa vie mille occasion de s'éveiller. Ainsi, on pourra reconnaître directement notre essence divine, puis continuer ainsi, à l'infini.

jeudi 9 juillet 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 119

Sambandar (?) | Bronzes of India - A personal collection
Sambandhar, pays tamoul

L'expérience de la mémoire :

vastuṣu smaryamāṇeṣu dṛṣṭe deśe manas tyajet |
svaśarīraṃ nirādhāraṃ kṛtvā prasarati prabhuḥ || 119 ||

"Quand on se souvient des choses,
que l'attention les abandonne aussitôt vues.
Le corps devient libre de tout support objectif
et le Seigneur s'avance."


Autre traduction :

"Quand, à la vue d'un lieu,
on se souvient des choses,
que l'attention lâche prise.
Le corps n'est alors plus une chose, le Seigneur s'avance."

mardi 2 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 68 69 70

Sembiyan Mahadevi - Wikipedia

L'expérience de l'orgasme :

vahner viṣasya madhye tu cittaṃ sukhamayaṃ kṣipet |

kevalaṃ vāyupūrṇaṃ vā smarānandena yujyate || 68 ||

"Que l'on projette l'attention débordante de plaisir

entre l'organe génital et le nombril,
ou encore, dans la simple plénitude du souffle.

Alors on s'unira (au divin) par la félicité d'Eros."

L'expérience érotique :

śaktisaṃgamasaṃkṣubdhaśaktyāveśāvasānikam |
yat sukham brahmatattvasya tat sukhaṃ svākyam ucyate || 69 ||

"Au moment où l'on est envahi par l'excitation

de l'union avec une Shakti,
ce plaisir absolu

est le plaisir qui est le Soi."

L'expérience de la mémoire :

lehanāmanthanākoṭaiḥ strīsukhasya bharāt smṛteḥ |
śaktyabhāve 'pi deveśi bhaved ānandasamplavaḥ || 70 ||

"En se rappelant avec intensité
le plaisir féminin des baisers et des étreintes,
ô souveraine des dieux ! on plongera dans la félicité
même sans Shakti." 


lundi 27 août 2018

La mémoire, preuve du Soi ou illusion ?

Selon la Reconnaissance, la mémoire est la voie royale vers la réalisation du Soi. En effet, dans l'acte de se souvenir, la conscience révèle qu'elle transcende le temps. La mémoire est ainsi l'âme de la démonstration de la permanence du Soi.
On retrouve d'ailleurs ce même argument dans le Vedânta, mais sous une forme beaucoup plus simple. 

Si tout est impermanent, comment expliquer la mémoire ?

Pour les partisans du Soi (dont la Reconnaissance et le Vedânta), il est impossible de rendre compte du phénomène de la mémoire sans l'hypothèse d'un Soi permanent. Donc il existe un Soi permanent.

Les Bouddhistes récusent cette conclusion. Pour eux, la mémoire s'explique assez grâce aux habitudes laissées par les actes. C'est comme une branche : je peux la tordre, mais quand je la relâche, elle reprend sa position. Cette "mémoire de forme", matérielle, montre que la mémoire est un phénomène mécanique, aveugle, qui peut s’expliquer sans recours à l'hypothèse du Soi. De plus, selon les Bouddhistes, la mémoire est une erreur (bhrânti) qui consiste à voir de la permanence là où il n'y en a pas. Mais on peut alors comment se demander comment la vie quotidienne est possible (est efficace) si la mémoire n'est qu'une illusion. De fait, en général la mémoire est efficace, elle permet d'atteindre ce que l'on veut, comme par exemple parler, ce qui suppose une mémoire des mots, de la syntaxe, etc. Comment est-ce possible, si la mémoire n'est qu'une erreur ?

Selon la Reconnaissance, toute mémoire suppose synthèse et cette synthèse du passé avec le présent (quand je me souviens maintenant que j'ai bu un café ce matin), c'est justement le Soi, la conscience conçue comme une liberté souveraine d'assembler ou de séparer des expériences.

Cela étant, la mémoire n'est pas dépourvue de pièges, comme le montre le cas des faux souvenirs. Et la science progresse dans son explication des bases physiques de la mémoire, avec ses différents types. 

La mémoire est loin d'être toujours fiable, comme le rappelle cet excellent et drolatique documentaire. D'ailleurs, je vous recommande fortement toute la série, riche en arguments matérialistes :

lundi 9 janvier 2012

Shivaïsme du Cachemire - CIPh printemps 2012

Les nâgas, gardiens de la mémoire


Qu'est-ce que la conscience ? Un phénomène secondaire, un produit dérivé, voire une illusion ?

Partant, qu'est-ce que le "moi" ?

Le bouddhisme répond qu'il n'est qu'une illusion engendrée par le langage et l'imagination. Le "Soi" - ce "moi" transcendant, permanent, dont parlent les philosophes de l'Occident comme de l'Inde - ne serait donc qu'un faux-semblant qu'il faudrait démystifier pour atteindre la liberté dans la sécurité.

Mais la Reconnaissance (pratyabhijnâ en sanskrit), la philosophie du shivaïsme du Cachemire, voit au contraire dans la conscience une source d'émerveillement sans pareille. La conscience est liberté, créativité. Elle est notre vraie nature, permanente.

L'un des arguments de cette permanence est la mémoire. La reconnaissance de soi en dépit des changements n'est-elle pas la preuve que le moi n'est pas une pure illusion évanescente ?

Après avoir introduit les thèses de la Reconnaissance et les objections bouddhistes, nous allons donc consacrer ce printemps à l'examen de la mémoire. Loin d'être un simple outil mental que nous utiliserions de temps à autre, la mémoire se dévoile être l'âme de la conscience et une porte vers notre vraie nature.

A moins que ce ne soit qu'une autre illusion ?

Six séances, gratuites et accessibles à tous, au cœur de Paris, de 18h30 à 20h30 :

1 - Lundi 6 février 2012
CPEC (Centre Parisien d'Etudes Critiques) 37 bis rue du Sentier 75002 Paris
2 - Lundi 12 mars 2012
CPEC (Centre Parisien d'Etudes Critiques) 37 bis rue du Sentier 75002 Paris
3 - Lundi 19 mars
Lycée Henry IV, salle N34
4 - Lundi 30 avril 2012
CPEC (Centre Parisien d'Etudes Critiques) 37 bis rue du Sentier 75002 Paris
5 - Lundi 7 mai 2012
CPEC (Centre Parisien d'Etudes Critiques) 37 bis rue du Sentier 75002 Paris
66 - Lundi 21 mai 2012
CPEC (Centre Parisien d'Etudes Critiques) 37 bis rue du Sentier 75002 Paris

Pour plus de détails, voir le site du Collège International de Philosophie - CIPh.

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