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lundi 14 octobre 2024

"La République du ressenti"


Ken Wilber, le philosophe du New Age :

"The Pluralistic stage - also known as the level of the 'sensitive self' - is fairly well-known for emphasizing 'feelings' over 'thinking' (which is actually often demonized). 'Intellect' and especially things like 'rationality' or 'logic' are, for this stage, deeply suspect, and the emphansis is strongly on 'coming from the heart' and being 'embodied' and 'in touche with feelings'. This is why 'emotional intelligence' (and feelings in general) rather than 'cognitive intelligence' (and thinkingà has been so highly celebrated. Orange critics, who are at least sensitive to the importance of reason in rising to worldcentric morals and evidence-based science, accuse the postmodernists of creatin a 'Republic of Feelings' and of replacing the First Amendment's 'fredom of speech' with the 'right not to have yout feelings hurt'" (Integral Meditation p. 168)

Traduction :

Le stade pluraliste - également connu sous le nom de niveau du « moi sensible » - est assez bien connu pour mettre l'accent sur les « ressentis » plutôt que sur la « pensée » (qui est en réalité souvent diabolisée). L'« intellect », et surtout des concepts comme la « rationalité » ou la « logique », sont, à ce stade, profondément suspectés, et l'accent est fortement mis sur le fait de « venir du cœur », d'être «incarné » et « en contact avec ses émotions ». C'est pourquoi l'« intelligence émotionnelle » (et les sentiments en général) plutôt que l'« intelligence cognitive » (et la pensée) a été tellement célébrée. Les critiques de l'Orange, qui sont au moins sensibles à l'importance de la raison pour élever la morale au niveau mondiocentrique et pour une science fondée sur des preuves, accusent les postmodernistes d'avoir créé une « République des ressentis » et d'avoir remplacé le Premier Amendement et sa « liberté d'expression » par le « droit de ne pas être offensé ». (Integral Meditation, p. 168)

Il fait allusion à la "Spirale dynamique" :


Remarques justes, non ?

La spiritualité aujourd'hui ne tend-t-elle à être un rayon parmi d'autres du Marché mondial ? 

Est-il étonnant que, dès lors, on mette tant l'accent sur "le droit à être soi" ? le "droit (voire, le devoir !) de ressentir". "Intellectuel" est devenu une insulte. "Logique" sonne comme un reproche. Mais n'est-ce pas là un besoin du Marché ? A-t-on besoin d'individus qui pensent pour faire des profits ? n'est-ce pas plutôt de gens qui ne pensent pas ?

Dans ces conditions, l'humanité va à sa perte. 

samedi 21 mars 2020

Comment sentir que tout est en soi ?

Je peux facilement voir que tout est dans la conscience :
voir que tout apparaît et disparaît dans le champs conscient.

Mais comment le sentir ?
Car je ne suis pas seulement un être 
cognitif, mais aussi affectif.
J'ai la capacité de connaître, mais aussi celle de désirer, d'aimer, de vouloir, de me mouvoir et de mouvoir.
De même qu'il y a le Regard total, la Vision sans limites,
il y a l'Acte total, le Mouvement sans limites, le Désir pur, la Volonté parfaite, etc.

C'est très simple et très facile, aussi :
Tout mouvement ou acte comment, vit et s'achève dans le Mouvement ou Acte total.

Prenez n'importe quel mouvement.
L'hypothèse est que ce mouvement commence dans le Mouvement total.
Mais d'ordinaire, cela passe inaperçu car
1) Je m'en fiche, et
2) Cet instant de pur jaillissement est comme recouvert par les mouvements particuliers, comme le tronc d'un arbre peut être recouvert par ses branches.

Donc, je prend n'importe quel mouvement.
Par exemple, m'envoler, léviter.
Pourquoi ?
Parce que ce mouvement est impossible.
Pourquoi choisir un mouvement impossible ?
Parce que, comme il ne peut s'accomplir entièrement, il reste pur, nu, et donc total.

Drawing Reference Poses Floating 21 Ideas #drawing

Et donc, je veux m'envoler. Et je ne m'envole pas.
Et je plonge mon attention dans cette sorte de fourmillement de l'Acte pur
qui bouillonne en lui-même.
Un peu comme Superman dans Man of Steel quand il veut s'envoler, au début, sur la glace.
Vous voyez ?

Man of Steel: Dark Superman AU


Et je plonge dans ce bouillonnement.
Dans ce ressenti, si spécial.
Et là, je sens tout. Tous les mouvements. Tous les actes. 
Je suis la mer qui sent toutes les vagues.


Bon, en fait, l'expérience ne me dit pas que je sens "tout", pas plus que "tout" apparaît dans le champs de la Lumière consciente quand je vois. Ce que je sens plutôt, c'est comme la racine de tous les mouvements, de tous les actes, de toutes les vies, de tous les devenirs. Le tronc commun à tout mouvement. Je sens le mouvement total, c'est-à-dire le mouvement qui englobe tous les mouvements.

Je peux certes spéculer, interpréter ce ressenti.
Mais, si je me tiens au plus près, c'est ça.
Ni plus, ni moins.
Et c'est déjà beaucoup. Infini.
Je pressens que c'est l'aube de tout, le Big Bang à portée.
Et je ressent là, c'est-à-dire ici, dans l'absolu mouvement indifférencié, une unité.
Je sens que je suis cet acte, et que cet acte fait un avec les objets et fins du mouvements, de l'acte, 
tout comme l'arbre fait corps, depuis son tronc unique jusqu'à ses feuilles multiples.

En outre et en sus, j'y sens un délice, comme dans la vision muette. 
Je me prends au jeu. C'est cette joie qui est l'aliment de cette exploration.

C'est ainsi que je joue à ressentir que tout est en moi.

jeudi 27 juin 2019

L'expérience de l'unité



Quand je plonge en moi-même, 
je sens que nous ne sommes tous qu'un seul être,
une seule sensation d'être, 
un ressenti viscéral de plaisir et d'amour.

Selon mon expérience, ça n'est pas une extase exceptionnelle. 
C'est une sensation toujours présente en moi.
Je la découvre à chaque fois que je m'y plonge.
C'est comme si, en moi, il y avait un second Moi,
un "plus moi que moi", un être toujours plongé 
dans ce ressenti d'unité.
En fait, ça n'est pas "comme si".
Mais c'est difficile à décrire.
Il y a, en moi, quelqu'un qui médite, qui prie,
qui est une contemplation et une extase ininterrompue.
Je n'ai pas le sentiment que ce soit le résultat d'une pratique.
Ce cœur est toujours présent.
C'est mon Moi de surface qui, lui, peut être plongé plus ou moins dans cette extase, qui peut la rejoindre ou pas, ici et maintenant, instant après instant. Je découvre cet être en prière constante, en extase, en méditation, en contemplation, oui. Mais ça n'a rien de spécial. Ca n'est pas une grâce spéciale, ça n'est pas religieux, ça n'a pas d'étiquette.
D'un autre côté, je le sens comme l'essence, l'a^me commune de tout.
C'est la vie.
Mais je le répète, c'est un fait. Je ne prends pas de drogues, je ne bois pas, je n'ai pas de religion, ni d'envie de religion. Ou alors, disons que ce ressenti est la base de ma religion naturelle. Mais au fond, c'est la vie. Le courant. La force. Aucun discours ne peut l'épuiser. Mais c'est la source de tous les discours. 
Me mettre à l'unisson de cette prière sans parole me rend bavard, me console, me guide. Parfois, cela me plonge dans un certain sommeil. Parfois, ça m'excite ou fait surgir des idées, des images, des sentiments. Jamais cela ne me coupe de la parole. C'est une parole, un verbe, quoique sans mots. C'est un seul Mot. 
Mais c'est un fait. Pas une interprétation, bien que cette source m'incite et m'invite à interpréter, à spéculer, à chercher, à créer. Tout est là, mais tout est à découvrir. Tout est donné, et pourtant tout doit être donné, transmis.
C'est un trésor inépuisable. Sans cela, je ne serai rien. 

L'expérience de l'unité est accessible à tous, toujours, partout. Concret, clair, précis ; et vague, insondable et mystérieux. Il suffit de plonger en soi, de se tourner vers cet être intérieur, encore, encore et encore. Tout est là.
Voilà, je vous partage ça même si cela semble un peu obscure à certains. Mais je suis persuadé que l'expérience est l'expérience de l'unité, c'est le cœur de tout vie, que cela soit réalisé ou non. Toute vie est spirituelle, toute vie est la vie en train de se réaliser. Quoi de plus important ?

jeudi 14 février 2019

Un je ne sais quoi



Méditer, c'est simplement s'ouvrir à la subtile vibration au centre de nous, au cœur du corps. Jaques Bertot, un maître d'oraison de repos (comme on appelait alors la méditation) du XVIIe siècle, décrit ainsi ce fin ressenti viscéral :

"Continuez à faire oraison autant que vous le pourrez et que vous y avez de facilité, en sorte que le corps ni la tête n'en souffre pas. Ce je ne sais quoi qui assurément vous est Dieu en votre état, est vraiment ce qu'il vous faut pour faire oraison, et pour vous occuper tout le jour si vous le pouvez. 
Il n'y a qu'à vous laisser doucement conduire et occuper par ce je ne sais quoi, qui dans la suite fera bien voir que c'est quelque chose, puisque ce je ne sais quoi sans forme et idée, qui occupe en paix l'âme et la nourrit sans aliment, devient une beauté et un bonheur inconcevable, renfermant tout bonheur et toute beauté.
La semence de chaque chose n'a nulle figure de ce qu'elle produit et dans la suite elle donne un effet admirable. Ces graines que l'on met en terre, pourrissent ensuite et deviennent de belles fleurs. Il en va de même de cette occupation secrète en l'oraison, que l'on ne peut bien exprimer que par ce terme un je ne sais quoi. Quoique ce je ne sais quoi soit si petit et si obscur, cependant c'est une très grande lumière, non en la manière de la créature, mais en la manière de Dieu."

Jacques Bertot, Le Directeur mystique, Editions du Carmel, p. 144

C'est cette vibration qui emporte dans le silence. Le silence à son tour affine la vibration, qui à son tour emporte dans un silence plus profond, et ainsi de suite.
Et c'est ainsi que, comme dit encore Bertot, "vous trouverez le tout caché dans le fond du rien" (p. 146). Il rejoint le Vieux Sage qui lui aussi invite à épouser l'Esprit de la vallée, la Femelle mystérieuse, cette "noble vacuité" dont parlait Hadewijch d'Anvers, le silence simple où brille l'étoile du cœur. 

dimanche 13 janvier 2019

Yoga du ressenti



Selon une ancienne tradition, le yoga est l'union de l'individu avec le divin. D'ailleurs le mot sanskrit yoga est apparenté à nos "joug" et "juguler". Il y a donc une notion de contrôle, mais ça n'est pas le sens évoqué ici.

Pourquoi cette union ?
Parce que l'individu se croit séparé du divin. Il se croit incomplet. Il cherche alors cette complétude à l'extérieur ou à l'intérieur. Mais aucune chose n'est complète. Aucune pensée n'est complète. Alors l'insatisfaction disparaît pour un temps, puis réapparaît. La recherche de la situation, du partenaire, de la philosophie idéales continuent. Jusqu'au yoga, jusqu'à l'union. 

Cette union n'est pas une union de deux choses séparées, comme quand on met un pied dans une chaussette. C'est la réalisation que l'individu n'a jamais été séparé du divin.

Qu'est-ce que le divin ?
C'est l'être, la plénitude que l'on ne peut définir ni saisir. Mais sa nostalgie nous habites. Malheureusement, par inconscience, nous projetons l'éternité dans le futur, alors qu'elle se donne à chaque instant. 

La vie intérieure commence par un réveil de la conscience. Nous nous reconnaissons au-delà du mental, dans le silence entre deux pensées. Mais comment vivre dans ce silence ? Comment ne pas retomber dans l'état d'hypnose ?

Si l'on se sent incapable de faire silence, nous pouvons poser notre attention dans le ressenti du "corps", ou sur une zone du corps. Souvent, on peut s'offrir quelques instants où le ressenti de la peau pétille dans l'espace alentour. Les tensions se révèlent et s'ouvre, se dénouent peu à peu. C'est l'essence de la vie intérieure, le yoga du ressenti.

Dans la tradition du Cachemire, nous trouvons ce conseille de "tout déposer en un seul lieu". Ce "tout" est notre corps ressenti qui surgit instant après instant. En un seul lieu, c'est-à-dire dans l'espace silencieux, immobile. Nous pouvons vaquer à nos occupations en veillant cet arrière-plan de ressenti global du corps. Ce "corps subtil" est notre lien au silence. Il est le pont entre le monde physique et l'espace divin. 

Si cela nous paraît encore trop difficile, nous pouvons revenir à ce ressenti corporel en nous donnant entièrement à deux ou trois expirations naturelles. Expirer, c'est un peu mourir, lâcher, s'offrir. C'est l'acceptation concrète de "ce qui est" et qui commence par notre corps.

Nous pouvons aussi entrer dans une posture, danser ou faire quelques gestes de Taïchi ou de Qigong. Mais je dirais, faites attention à ne pas devenir dépendants. Plus c'est simple et disponible, plus la pratique est continue, plus c'est puissant. Vous sentez alors les effets dans votre vie, dans vos relations.

Le corps subtil ou corps ressenti est notre plus grand ennemi. En l'embrassant dans l'attention, il est rendu à l'espace. L'attention bascule du contenu (les tensions, les émotions, le bavardage) vers le contenant. Et cette énergie, vécue d'habitude comme agitation et source d'anxiété, se révèle comme la créativité de l'Être, du Mystère que nous sommes.

Le Poème de la Vibration, un enseignement du Cachemire, en fait la promesse :

Cette énergie d'activité divine est source d'aliénation quand elle se manifeste dans l'inconscience et la croyance en la séparation. Mais reconnue et laissée libre de ses voies, elle est la source de la réalisation spirituelle.

C'est le yoga du ressenti, l'union des sensations et de l'espace.


samedi 22 décembre 2018

"Cela dépasse tout"


Une femme du XIIIe siècle décrit le ressenti viscéral, la vibration du cœur :

Porter l'amour, c'est lui être ouvert,
le désirer, aspirer à lui, 
le servir incessamment par la pratique incessante
d'une volonté ardente.
Sentir l'amour en revanche,
c'est en prendre conscience dans la liberté de l'amour.
Et être amour, cela dépasse tout.

Jésus, en la vision d'une prairie ornée de deux arbres,
indique à Hadewij une rose :

si tu es dans l'affliction, 
cueille une rose au sommet
et prends en pétale :
c'est l'amour.
Et si tu ne peux tenir,
prends l'intérieur de la rose :
c'est là que je te donnerai de ressentir ma présence.
Tu auras alors la connaissance de ma volonté,
tu sentiras mon amour
et dans la détresse, l'union fruitive.
Ainsi mon Père a-t-il agi avec moi,
qui étais pourtant son Fils.
Il me laissa dans la peine,
mais jamais ne m'abandonna :
je gardais le sentiment de la fruition
et je servis tous ceux
vers lesquels il m'avait envoyé.
Le cœur de la rose
est d'une telle plénitude :
c'est la fruition sensible de l'amour.
Pour tous ceux, Bien-Aimée,
 qui te font du mal,
viens en aide à leur nécessité, sans distinction.
L'amour te rendra forte.
Donne tout,
car tout est à toi.

(Hadewij d'Anvers, Visions, Première Vision,  trad. G. Epinay-Bugeard)

mardi 2 octobre 2018

Sensation viscérale

J'appelle sensation viscérale, ou ressenti profond, ou encore vibration du cœur, la sensation distincte qui est, selon moi, l'une des dimensions inévitable de la vie intérieure.

Cette sensation est difficile à décrire, mais elle est bel et bien une réalité de la contemplation. Je dirai qu'elle est sa dimension affective. Elle est présente, à divers degré, dans les traditions.

Comment donc la décrire ?

- C'est une sensation, au sens le plus large

- Cette sensation est corporelle, localisée le plus souvent dans les entrailles, la poitrine ou le dos

- Elle a des degrés d'intensité

- Elle semble s'intensifier quand l'attention se pose sur elle

- Elle n'est pas nécessairement accompagnée de silence intérieur, mais elle peut y conduire

- Elle est constamment présente, comme une veilleuse, même quand on y prête pas attention

- Cette sensation se donne comme une sensation d'unité, de valeur et de sens, quoi que ce sens ne s'explique que très difficilement et nécessite un effort d'interprétation, ce qui constitue le moment réflexif de la vie intérieure.

- Cette sensation est quasi indiscernable de l'amour, et d'une présence personnelle, c'est-à-dire comme une présence

Dans une perspective scientifique, c'est-à-dire neurologique ou évolutionniste, ce ressenti est difficile à expliquer. A quoi sert-il ? A quelles organes correspond t-il ? 

Comme souvent, nous avons des indices, mais rien de concluant. Des zones cérébrales, le nerf vague (non, ça n'est pas une blague), un réflexe de survie ? 

Michel Hulin a proposé une théorie psychologique dans La Mystique sauvage.

Voici quelques paroles de Bernard de Clairvaux qui expriment bien une interprétation de ce ressenti, mais qui reste très proche de ce ressenti :

"La cause d'aimer Dieu est Dieu. La mesure en est d'aimer sans mesure. Cela suffit-il ? Absolument peut-être. Mais seulement au sage...
...personne ne peut Te chercher, si ce n'est celui qui t'aura d'abord trouvé."

L'Amour de Dieu, 16, 22, trad. Alain Michel

Enfin, ces images de Chartreux (extraits du film Le Grand silence) expriment, eux aussi, ce ressenti :

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