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lundi 22 mars 2021

Puis-je trouver la sécurité par le savoir ?



Ne pas savoir engendre l'angoisse. Il y a tant de choses que je ne sais pas. Chercher à savoir exprime, en partie, un besoin de sécurité, de quiétude. C'est un besoin inné, l'expression d'un instinct naturel. 

Selon leurs capacités individuelles, les humains satisfont ce besoin par des apparences de savoir, car l'apparence est plus accessible que la réalité. Je ne sais pas, je suis inquiet, je cherche donc des opinions pour me donner un sentiment de savoir, de contrôle, de quiétude relative.

Or, ces opinions, je suis incapable de les justifier. Ne sachant plus à quel saint me vouer, je me fie aux apparences, aux rumeurs, à la réputation, au charisme, aux modes, aux opinions des gens en qui j'ai confiance. Des aveugles s'accrochent à des aveugles...

Satisfaire mon besoin de savoir par des croyances que je ne maîtrise pas, ne peut donner qu'une illusion de maîtrise. J'ai beau clamer que je sais, que j'ai compris, reste que je me ment en partie à moi-même, car je sais que je ne peux justifier mes croyances. La terre est peut-être bien ronde mais, tant que je ne peux le justifier, cela n'est pour moi qu'une opinion. 

Et c'est bien le problème, dans un monde où les connaissances augmentent à chaque instant. L'horizon du savoir maîtrisé recule et s'éloigne toujours plus. Même un spécialiste ne peut plus maîtriser son domaine.

Alors je me sens coincé : je me réfugie dans des pseudo-savoirs, des croyances en partie vraies, mais simplistes, qui m'induisent en erreur par ce qu'elles ont de vrai. Je voyais ce matin une publicité pour la "numérologie karmique tibétaine". Ce sont des illusions de savoir. Et une illusion de savoir ne peut procurer qu'une illusion de sécurité.

Donc ces solutions n'en sont pas, même si je suis dans la confusion et l'urgence.

Alors que faire ? Deux choses au moins.

Premièrement, il est possible de savoir, même si ce savoir n'est pas complet. Il y a une hiérarchie des savoirs. Tous n'ont pas la même importance. Et je peux apprendre à penser. La logique existe. Il y a des "manuels d'auto-défense intellectuelle". La raison est une faculté naturelle, mais chacun doit apprendre à s'en servir, sans quoi il restera faible et dépendant. De cette manière, je peux apprendre peu à peu à former mon jugement, plus riche, plus nuancé, plus objectif, moins partial, moins exposé aux sophismes et autres manipulations ou erreurs.

Deuxièmement, je peux plonger dans la vibration du cœur. Là, je goûte un savoir. Un savoir muet, certes, sans mots. Mais un savoir complet. Là, je sais en sentant. Je sais tout. Sans pouvoir extraire les détails, c'est vrai. Mais je sais. Et cela me rassure. Il y a dans la vibration du cœur un savoir. Indifférencié, mais un savoir. Et comme tout savoir, ce savoir est rassurant, apaisant. Il me dit, sans mots, que tout ira bien. Voilà le savoir essentiel, bien plus important que tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux ! Voilà le savoir ésotérique, secret. Intime, mais négligé par manque d'audace, de foi et de curiosité. De cet esclavage, de ce complot, je suis le complice. Je suis mon propre tyran, mon propre libérateur. 

Et je pense que ce savoir intuitif est totalement compatible avec la connaissance rationnelle. Ce qui me rassure encore plus. Les limites du savoir ne sont plus source d'angoisse, mais d'émerveillement.

Intuitivement, je sais déjà tout.

Discursivement, je n'en finirai jamais de savoir davantage et mieux.

Et c'est bien ainsi.

jeudi 14 janvier 2021

Savant



On est bien savant, quand on sait qu’on n’est rien, et que Dieu est tout. Au contraire on ne sait rien, quand on sait toutes les sciences, et qu’on ignore sa propre ignorance, et la vanité de tout ce qu’on sait. On apprend bien plus de Dieu dans le recueillement et dans le silence, que dans les raisonnements des savants. Quelque peine et quelque traverse que vous puissiez avoir, je vous trouve bien, pourvu que vous soyez en silence dans un coin, ouvrant et délaissant votre cœur à Dieu pour porter toutes vos croix avec humilité, patience et amour. Encore un peu, et celui qui doit venir viendra. Il ne tardera guère. Cependant mon juste vit de la foi. Vivez-en donc, Madame, et non de la sagesse humaine. 

Fénelon, Lettre à Marie-Christine de Salm, 1708

jeudi 3 octobre 2019

Non savoir ?



Quand je plonge en moi, 
quand je plonge dans ce qui est 
donc plus vaste que moi,
je suis comme ébloui.
Tout ce que je sais me semble rien.
Et alors, je suis tenté de dire que 
"je ne sais pas".
Je fais l'expérience d'un "non savoir".

De même,
je ne suis plus rien,
plongé dans l'être.
Emporté par l'acte insondable,
je n'agis plus.

Mais cet émerveillement n'est pas 
un renoncement au savoir.
Ce serait sans là une fausse humilité 
et une vraie paresse.
Car dans cet étonnement
qui est une expansion dans un mystère infini,
le désir de savoir ne faillit pas.
Il ne finit pas dans l'infini.
Mais au contraire, sa soif grand sans cesse.

Ce non-savoir est un savoir sans limite.
Ce non-ego est un ego sans limites.
Ce non-être est un être sans limites.
Ce non-agir est un agir sans limites.

Mon savoir grandit sans cesse
dans ce non-savoir.
Mon ego se dilate sans cesse
dans ce non-ego.
Mon être s'épanouit sans fin
dans ce non-être.
Mon agir grandit sans cesse
dans ce non agir
qui est un acte parfait.

Comme dit Jean de la Croix,
"ceux qui connaissent davantage Dieu,
sont ceux qui comprennent le plus distinctement
l'infini qu'il leur reste à comprendre !"

Hadewijch le dit encore mieux,
s'il était possible :

"Que nouvelle lumière vous donne nouveau zèle,
nouvelles oeuvres, plénitude de nouvelles délices,
nouveaux assauts d'amour et nouvelle faim si vaste,
qu'éternellement nouvel amour dévore ses dons nouveaux."

Tout est dit, qui ne peut certes l'être.
Une dilection, une dilatation sans fin, car toujours nouvelle.
Dans ce souvenir sans mémoire,
dans la découvert de ce repère sans marques,
dans ce "centre qui est partout 
et dont la circonférence est nulle part",
toujours toujours nouveau et,
en même temps, caché, abhinava gupta.
Une évidence obscure,
un "loin près"
qui ne cesse de nous renouveler.
Et c'est sapience aussi, 
savoureuse science,
que cette ignorance.

Mon ego meurt, 
bousculé, explosé, décentré, 
mais il renaît.
Il désire toujours plus,
car la Présence est toujours comblée,
jamais rassasiée. 

Bref, si perte il y a,
c'est gain d'un inépuisable trésor.
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