Yogîs de la tradition Nâth, berceau du hathayoga. Dans un temple de Shiva non loin de Pashupatinâth Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
samedi 6 juin 2009
L'Illumination de l'Esprit - 5
Yogîs de la tradition Nâth, berceau du hathayoga. Dans un temple de Shiva non loin de Pashupatinâth samedi 30 mai 2009
Rituels pour lier et relier
La puja est un rituel tantrique fondateur de l'hindouisme en général. Dans les rituels védiques, plus anciens, il n'y a pas d'images divines et l'esthétique est assez différente. Dans cet extrait, on voit notamment la technique de mémorisation des textes dans la communauté Nambudiri du Kerala, la préparation d'ustensiles rituels et la confection d'un autel en briques (agnicayanam) :
Le système des castes est un autre aspect, complémentaire, de la liturgie hindoue. Le tantrisme en général, et la communion d'amour (bhakti) en particulier ont cherché a tempérer ce système d'apartheid, mais sans grand succès. Même les Musulmans et les Chrétiens ont leurs castes. Notez les commentaires qui donnent une idée de la violence qui règne entre certaines castes. A la 4ème minute, écoutez ce docte disciple du maître d'Alain Danielou vous expliquer qu'il croit à l'intouchabilité et au système des castes... :
Pour nuancer ce tableau très noir, un petit document pro-brahmanes (la caste la plus haute). C'est en hindi, avec des passages en anglais. Comme dit le brahmane tamoul barbu avec boucles d'oreilles : "80% des brahmanes sont pauvres". Et il est vrai que beaucoup le sont. Par exemple, dans le village "sanskrit" de Matthur que j'ai visité, les brahmanes vivent souvent avec un euro par jour :
Vedânta ou Jîvânta ?
Dirty Business - Verdanta, tribal communities and bauxite min...
samedi 23 mai 2009
L'Illumination de l'Esprit - 4
(La doctrine sāṃkhya)[1]
Les trois modes de la Nature[2] sont le léger, l’agité et l’opaque.
L’agité est rouge, changeant.
Le léger est blanc et lumineux.
L’opaque est noir et ténébreux[3].
Ils sont respectivement causes
de l’émission, de la subsistance et de la résorption (des choses) :
Ainsi parlent les partisans du Sāṃkhya.
Expliquons leur erreur… 7-8
[1] Une doctrine très importante par son influence sur toutes les religions de l’Inde.
[2] Pradhānasya : le « Principal », le substrat inerte dont toutes les choses sont faites. On l’appelle aussi « Nature » (prakṛtiḥ). Il possède trois qualités ou modes (guṇāḥ) qui, en se combinant, engendrent toutes les expériences que nous connaissons, à la fois sur le plan physique et sur le plan psychologique. La Reconnaissance, comme toutes les formes de tantrisme en général, reprend ces schémas en les réinterprétant. Simplement, la Nature devient la conscience, et ses trois modes deviennent les Puissances de désir, de connaissance et d’activité.
[3] Il enveloppe et occulte (āvarakam).
jeudi 21 mai 2009
L'Illumination de l'Esprit - 3
Seconde stance : Rectification des thèses partiales et partiellement vraies
(Exposé succinct de la théorie atomiste-réalise-théiste du Nyāya)
Un vase fait d’argile n’apparaît pas du fait du Seigneur !
En effet, le vase apparaît comme constitué d’argile,
(de même que) la cause matérielle de la manifestation
sont les atomes agencés. 1[1]
Les qualités sensibles telles que la couleur, la saveur, etc.,
sont causées par les atomes.
Une qualité spécifique initie
un effet de la même espèce qu’elle. 2[2]
La cause substantielle de l’effet est
celle dans laquelle cet effet existe.
La roue (du potier), etc., sont en revanche
causes extrinsèques du vase. 3[3]
La cause non-substantielle est définie
comme cette cause
dont l’efficience n’existe que
« dans » une cause substantielle
et en dépendance d’elle. 4[4]
Leur cause efficiente
Est le Seigneur,
De même que le potier (est la cause efficiente des vases).
Tout effet existe dans sa cause[5].
Le vase existe « dans » l’argile.
L’étoffe existe « dans » les fils.
L’anneau existe « dans » l’or.
Voilà comment les partisans du Vaiśeṣika et du Nyāya répondent
(aux questions posées dans l’introduction). 5-6[6]
[1] Ces premiers vers (1-6) exposent la théorie atomiste du Nyāya-Vaiśeṣika. Cette école, d’origine śivaïte, est théiste. Mais selon elle, le Seigneur n’est pas la cause matérielle de la manifestation (prapañcasya). Il est seulement sa cause efficiente. Il ne crée pas la matière : il se contente de l’agencer et de l’animer. La Reconnaissance critique cette théorie dualiste, qui pose un Seigneur séparé de la matière conçue comme privée de conscience. Pour la Reconnaissance, la matière est le Seigneur lui-même. Mais il choisit librement et par jeu de se prendre pour une masse de matière inerte. Rien n’est en dehors du Seigneur.
[2] Les qualités sensibles (formes, couleurs, sensations tactiles, etc.) sont déterminées par la nature des atomes et par leurs combinaisons. Là encore, le Seigneur ne joue aucun rôle. Selon le Nyāya la vision du rouge est causée par un agrégat d’atomes « rouges ». Pour la Reconnaissance, il n’y a pas d’atomes extérieurs au Soi-Apparaître. Et si le Soi se perçoit sous la forme du rouge, c’est qu’il le désire. Il n’y a pas de réalité en dehors de l’Apparaître. En se percevant de différentes manières il engendre les apparences variées, les uni ou les sépare, tout comme on peut considérer un objet sous différents angles, ce qui donne lieu à des apparences variées. Utpaladeva prend l’exemple d’un vase. Celui qui recherche le profit ne verra que l’or dont il est fait ; celui qui recherche un récipient n’aura d’yeux que pour sa taille, etc.
[3] « Cause substantielle » (samavāyikāraṇam) : cause intrinsèque inhérente, essentielle. Selon le Vaiśeṣika, cette cause, ce sont les atomes car le vase, par exemple, n’existe pas en dehors de sa matière. Il est « tissé » d’atomes. L’effet « vase » ne peut subsister sans la cause « atomes », de même que l’étoffe est tissé de fils. Même après la production du vase, les atomes demeurent en lui. Alors que la roue du potier et autres accessoires sont des causes extérieures ou extrinsèques, car une fois leur rôle joué, elle peuvent disparaître sans que l’effet disparaisse. La cause « substantielle » est donc la cause au sens fort, alors que les autres causes sont passagères, accidentelles et secondaires. En ce sens, les atomes sont la cause principale de l’existence de la « réalité » matérielle, alors que le Seigneur, etc. ne sont que des causes secondaires. Nous pouvons comparer cette théorie avec celle de Descartes, pour qui Dieu est seulement la cause du mouvement des atomes : comme le potier met en branle sa roue, Dieu se contente d’une chiquenaude initiale. Ainsi, selon le Nyāya, le Seigneur est nommé « cause efficiente » (nimittakāraṇam), mais en réalité, il est relégué au rôle de cause secondaire. La Reconnaissance va donc accuser le Nyāya de dénigrer la souveraineté du Seigneur.
[4] Une cause est secondaire lors que son effet n’advient qu’en présence d’une cause substantielle. Selon le Vaiśeṣika, il y a donc, au total, trois types de causes : 1)la cause substantielle ou cause matérielle (l’argile) ; 2) La ou les causes secondaires, instrumentales (la roue, le bâton, etc.) ; 3) et la cause efficiente (le potier). Ou, si l’on prend l’exemple de l’étoffe : 1) le fil est la cause substantielle ou matérielle, car l’étoffe ne peut subsister sans elle ; 2) l’acte de tisser les fils, ainsi que leur couleur, sont les causes secondaires ; 3) le tisserand est la cause efficiente. Donc le potier, le tisserand et le Seigneur ne sont qu’une cause parmi d’autre de leurs effets. Pour la Reconnaissance, au contraire, il n’y a qu’une seule cause, de nature consciente, qui apparaît sous ces différentes formes. La matière, les atomes, ne peuvent jouer aucun rôle.
[5] Voilà une idée que la Reconnaissance va intégrer : tout ce qui existe, existe dans sa cause, la conscience. La Reconnaissance ne réfute pas les thèses adverses comme étant de pures erreurs. Elle entreprend plutôt de les parfaire en les corrigeant. Toutes ces théories sont donc partiellement vraies, et seule la Reconnaissance permet de les porter à leur perfection.
[6] Autrement dit, la théorie Nyāya de la causation est en partie fausse et en partie vraie. En partie fausse, car ils croient en une réalité extérieure à l’Apparaître et à la conscience. En partie vraie, car il suffit de remplacer la matière par la conscience pour aboutir à la théorie complètement vraie de la Reconnaissance. On passe de « tout existe « dans » la matière » à « tout existe « dans » la conscience ». « Dans » veut dire « en dépendance de ». En effet, sans conscience, rien ne peut exister. Même ce « rien » devient strictement impossible.
L’idée que l’effet existe « dans » sa cause, et que certaines causes n’existent elles-mêmes que « dans » d’autres causes, est juste selon Abhinavagupta. C’est cette idée qui fonde la théorie śivaïte des 36 « principes » (tattvāni) du réel. Le Nyāya, malgré ses erreurs, est donc un « allié » de la Reconnaissance. Voilà pourquoi Utpaladeva a composé une « Démonstration de l’existence de Dieu » (Īśvarasiddhiḥ) à la manière du Nyāya.
