mardi 10 octobre 2017

Le Sanctuaire de l'Homme-lion - I

Voici l'un des temples de Melkote.
Situé à soixante kilomètres au Nord de Mysore,
dans le Sud de l'Inde,
cette petite cité est perchée sur un vaste rocher.

On peut y vivre deux choses
simultanément :
l'immersion dans des dizaines de reliques de temples et bassins sacrés,
et la proximité avec nature,
la campagne tropicale du Sud.
Rare privilège...

Melkote est le sanctuaire de la tradition Srî Vaïshnava,
la tradition des fondateurs de l'Ashtanga Yoga.
C'est un de mes endroits préférés en Inde du Sud.
J'y a médité plusieurs semaines, 
dans la fraîcheur et dans l'ambiance
d'un lieu préservé qui invite à l'immensité intérieure.

J'y accompagnerais un petit groupe en mars 2018
pour un voyage organisé par Routes du Monde
dans le Sud de l'Inde.

J'y reviendrai dans les semaines 
à venir.

Le programme :



dimanche 8 octobre 2017

L'éveil ?

Qu'est-ce que l'éveil ?
Une carotte spirituelle ?
Un idéal humiliant ?
Une évidence ?

Je ne sais pas.

J'ai seulement découvert deux trésors :

Le silence
La vibration 

Bon, ce ne sont que des mots.
Et j'ai bien du mal à partager ainsi.
Ou autrement, d'ailleurs.

Finalement, que sais-je ?
Rien.

Cette fin est un commencement,
une naissance de chaque instant.

Rien de mystérieux.
Juste un silence.
Et une sorte de coulée d'amour,
au centre, toujours disponible et...
Et voilà tout.



samedi 7 octobre 2017

Le Jeu de la conscience - XIV, XV et XVI

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa), attribué à Kshéma Râdja :




cid-ānanda-samullāsa-ullasita-ātmā virājate /
cidvat-sva-śakti-saṅkocāt saṃsāre malināyate // 14 //

apūrṇo 'smīti vividhair malaiḥ sa malinī-kṛtaḥ /
māyīya-āṇava-kārma-ākhyair vyāpako 'pi jagad-vibhuḥ // 15 //

vyāpī yadvan mahā-devaḥ kroti pañca-kṛtyatām /
tadvad eva ayam ātmā api kurute śakti-mohitaḥ // 16 //


L'être (mystérieux) qui est conscience 
s'illumine en se manifestant,
débordement de la félicité de la conscience.
Quand il se contracte
à cause de ses propres énergies,
il se voile à lui-même et erre dans le samsara. 14

Il est pollué par des poisons variés,
comme croire que "il me manque quelque chose".
Bien qu'il soit omniprésent,
le Seigneur du monde
est (comme) empoisonné par
l'illusion de la dualité, par l'impression d'être limité,
et par la croyance aux conséquences des actes. 15

Omniprésent (comme l'espace),
ce Dieu au vrai sens du terme
accompli cinq oeuvres.
Même quand il est égaré 
par ses propres énergies,
il accompli ces cinq actes. 16

C'est clair.

mardi 3 octobre 2017

Le Jeu de la conscience - versets XII et XIII



Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa), attribué à Kshéma Râdja (Cachemire, XIe siècle) :


tadbhūmikā darśanādyās sarvā eva na saṃśayaḥ /
bhūmikāḥ kṛtrimā yadvan naṭo gṛhṇāti svecchayā // 12 //

tadvad eva cidānandasvecchocchalitabṛṃhitaḥ /
ātmā gṛhṇāti vipulā darśanādyā vibhūtayaḥ // 13 //


Les philosophies et les points de vues
sont tous, sans exception et sans aucun doute,
des personnages (joués) par la (conscience).
Ce sont des rôles factices
endossés librement (par la conscience),
comme par un comédien.

(Car) c'est exactement de cette manière
que le Soi,
épanouit par l'abondance
de son libre désir 
qui est la félicité de la conscience,
assume ces immenses déploiement de gloires
que sont les philosophies, etc. 

Tout est conscience.
Mais, comme la conscience est libre, absolument souveraine,
elle joue à s'incarner, à prendre des formes définies.
Après avoir exposé les étapes de cette cristallisation de la sève
consciente, Kshéma Râdja développe l'une de ses conséquences :
tous les points de vue, exprimés, dans les doctrines, les religions
et les philosophies, sont aussi le jeu de la conscience,
ses danses et les personnages qu'elle endosse
afin de se dévoiler graduellement,
comme poussée par son élan inné.

Ainsi, toute vision du monde est un moment
dans le dévoilement de la conscience à elle-même.
Aucune philosophie n'est complètement fausse,
aucune n'est complètement vraie.
Mais toutes ne se valent pas.
Kshéma Râdja propose une hiérarchie,
c'est-à-dire un ordre qui s'enracine dans un principe,
en l’occurrence la conscience.

Au bas de l'échelle, la masse des hommes 
sans autre philosophie que la recherche du pouvoir.
Puis les bouddhistes qui prennent la conscience pour les pensées, 
le Védânta qui l'identifie au vide
et les Jaïns, les partisans des Védas
et des Tantras, le shivaïsme et le vishnouïsme.
Ces doctrines correspondent au
 trente-six niveaux de conscience
décrit dans les versets précédents.
Puis, au sommet, il y a la tradition "du Ceur/Corps" (koula)
qui affirme que tout est conscience,
puis ceux qui affirment que la conscience transcende tout.
Se dégage ainsi un mouvement de l'immanence à la transcendance.
Toutes ces philosophies, en effet,
tombent à divers degrés
dans les extrêmes de l'immanence (Shakti)
ou de la transcendance (Shiva).
Seule la révélation de la Triade (Trika),
dévoile finalement le réel
dans sa liberté souveraine et intégrale,
sans privilégier le vide ou la forme, pourrait-on dire.

Le shivaïsme du Cachemire évite donc à la fois
le dogmatisme stupide qui consiste à prétendre détenir
l'exclusivité de la vérité ;
et le relativisme paresseux
qui met tout dans le même panier.
La vérité est honorée en chaque point de vue,
sans que soit oublier que chaque point de vue
est une étape ou un aspect
de la grande éclosion de l'absolu.

Cette inclusivisme hiérarchique
n'est pas un hasard.
Il est la conséquence du non-dualisme "intégral" (parama)
professé par la philosophie de la Reconnaissance.
Ici, en effet, l'Un n'est pas "un" par exclusion ou rejet
de la dualité, mais par réconciliation avec elle,
reconnue comme Shakti inséparable de Shiva.
Chaque formulation est, dès lors, comme une promesse
qu'il s'agit d'accompagner, de nourrir,
un peu comme un enfant,
et non pas de simplement réfuter en bloc.
D'où une philosophie généreuse, 
mais aussi, complexe, car cette intégration
passe évidemment par une apparence de complexité.
Mais l'amour 'nest-il pas à ce prix ?


dimanche 1 octobre 2017

Que retenir du "tantra" ?

Je viens de lire deux biographies de maîtres tibétains.


D'un côté, un gros volume sur Khyentsé Lodreu, maître notamment de Sogyal,
et figure du bouddhisme tibétain en exile. 
Un personnage fascinant,
initié à toutes les traditions. Ses biographies (il y en a plusieurs deans ce volume)
énumèrent ses exploits tantriques, ses visions, sa puissance, 
ses dons, ses pouvoirs magiques, ses aventures politiques,
les rivalités avec les autres écoles, sa célébrité,
ses oeuvres, son autorité,
ses ambitions, ses réussites.
Sa "biographie intérieure" n'est qu'une suite de visions
spectaculaires. Sa "biographie secrète" concerne 
sa vie sexuelle.
Mais rien sur la vie intérieure.

De l'autre, un petit volume d'anecdotes sur Patrul, rassemblées patiemment  par Mathieu Ricard. 
Un portrait à travers des témoignages,
 où transparaît
un personnage humble, attentif aux autres,
exigeant avec lui-même, effacé, tourné vers l'intérieur.

Je vois, dans ce contraste, le rappel d'un fait :
malgré toutes mes sympathies et attirances pour le "tantrisme" (ou le "tantra",
comme on voudra),
le fait est que les personnages charismatiques, puissants,
les saints remplis de visions et de prodiges,
les missionnaires surhumains, les avatars et autres 
dispensateurs de la grâce dans ses formes les plus spectaculaires,
ne me touchent guère.
Et j'ai le sentiment de ne pas être le seul.
Si je reviens sur les figures qui m'ont marqué,
force est de constater qu'elles ont un point en commun :
une sorte d'humilité, une certaine méfiance
vis-à-vis des institutions, des groupes,
de tout ce qui est brillant et spectaculaire.
Je pense à Patrul, Shabkar, Ramana, Harding,
Nyoshul Khenpo.
Sans doute est-on frappé par les qualités qui nous manquent,
et sans doute je manque d'humilité...
En tous les cas, c'est un fait qui me fait réfléchir.

Même dans le shivaïsme du Cachemire,
je ressens ce même contraste
entre l'humilité d'une part, 
et la brillance charismatique, de l'autre.
Ainsi le contraste entre un Outpaladéva
qui s'efface, qui doute, qui confesse ses limites,
et un Abhinava Goupta qui, tout brillant qu'il soit,
invective souvent son interlocuteur,
le ridiculise parfois, n'hésite pas à se vanter
et ressemble parfois à un écrivain qui se regarde écrire.

D'où la figure de Jésus, aussi, et d'autres dans le même esprit.
Pauvreté, nudité, humilité.
Notez bien que je ne dis pas cela dans un sens anti-intellectuel. Du tout.
Outpaladéva est un philosophe génial et original.
Mais il est entier.
Or, dans le tantrisme, on est rarement entier.
J'observe le même trait dans le néotantra.
"On s'aime", en croyant semer...
Mais souvent, on se regarde juste le nombril.

Donc voilà, je me demande qu'est-ce qui est vraiment indispensable dans tout ça.
Que faut-il retenir du tantra ?
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