vendredi 13 février 2015

Tout désir est-il délire ?



Sureshvara, un sage indien du VIIIe siècle, exprime la non-dualité exclusive. Aujourd'hui, la plupart des gens qui se réclament de la non-dualité suivent ce genre de non-dualité.
Chez Sureshvara, j'apprécie l'ouverture d'esprit sur la question de l'accès à la connaissance du Soi, sur les femmes, et puis ses réflexions critiques sur son maître Shankara. Mais sur d'autres points, je ne suis pas en résonance avec lui. Par exemple, quand il compare l'illusion de la dualité avec l’attirance pour une femme :


"Celui qui est aveuglé parce qu'il ne comprends pas les choses comme elles sont embrasse un corps impur, (celui d'une femme) et, sous l'influence d'un égarement engendré par son imagination, il se délecte : 'Que ses sourcils sont beaux ! Son nez est charmant. Ses yeux magnifiques ! Quel beau visage ! Comme son sourire est charmant !'"


Certes l'amour rend aveugle. 
Enfin, non, pas tout à fait. Je dirais plutôt que l'amour dévoile partiellement la beauté présente en toutes les choses, en tous les êtres. Si l'attirance pour un corps a un défaut, c'est d'être exclusif. L'amour charnel n'est pas une absence de vision, mais une vision incomplète, resserrée, un dévoilement partiel. Tout amour est désir de l'absolu, du Soi, mais recherché dans un fragment du Tout. 
Et, même ainsi, je ne crois pas que l'amour soit entièrement risible. Chercher le Tout dans la partie n'est pas absurde, si l'on a conscience du Tout. Cela paraît paradoxal, oui, mais pas absurde.
Pour Sureshvara et le non-dualisme exclusif, la dualité est illusion. 
Pour le non-dualisme inclusif, en revanche, l'unité aussi, si elle exclue la dualité. La dualité n'est pas en elle-même illusion. L'illusion, c'est l'oubli du fond d'unité sur lequel apparaît la dualité. 
Il y a donc deux illusions : 
la dualité dans l'oubli de l'unité ; 
et l'unité dans l'oubli de la dualité. 
La vraie non-dualité n'est pas l'exclusion de la dualité (comme croient la plupart des non-dualistes), mais l'éveil à une dualité (une vie) qui se déploie dans l'unité, "une vie en Dieu" comme disaient nos ancêtres. 

Donc si je suis attiré par une femme en oubliant l'unité du silence infini, c'est une illusion. Si je reste dans un silence un peu artificiel qui rejette toute attirance charnelle, c'est aussi une illusion. Si je suis attiré par une femme tout en vivant cela dans le silence infini, c'est la non-dualité. 
Et c'est pareil pour tout. Si je me vis comme individu séparé de tout le reste, je suis dans l'illusion. Si je me vis comme silence impersonnel qui oublie la personnalité, c'est une illusion. Si je me vis comme vague dans l'océan ou océan-qui-se-fait-vague-juste-par-amour-et-gratuitement, alors c'est la non-dualité.

Bon weekend tous ! 

1 commentaire:

Micheline Laporte a dit…

Namaskar, David,


Quelle limpidité et clarté que ce paragraphe, wow !

"Tout amour est désir de l'absolu, du Soi, mais recherché dans un fragment du Tout.

Et, même ainsi, je ne crois pas que l'amour soit entièrement risible. Chercher le Tout dans la partie n'est pas absurde, si l'on a conscience du Tout".

C'est tellement vrai !


Micheline

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