dimanche 1 février 2015

Le Soi éternel est le vrai message du Bouddha

La félicité, le Soi, "je suis", aham, la guérison...


Dans les milieux non-dualistes, on entend "la personne n'existe pas", "l'individu est une illusion", "tout est illusion", "il n'y a pas de choix", "pas de libre-arbitre", comme autant de mantras.

Je crois que la doctrine du fatalisme (selon laquelle l'individu n'existe pas et il n'existe donc pas de libre-arbitre) a été introduite dans les milieux non-dualistes par Ramesh Balsekhar, un banquier indien. A ma connaissance, aucun texte sanskrit n'affirme qu'il n'existe absolument aucun libre-arbitre. 

En revanche, il est vrai qu'il existe au moins une doctrine de l'inexistence de l'individu : la doctrine du non-Soi dans le bouddhisme. Cependant, même cette doctrine enseigne plutôt que l'individu n'est pas une substance immutable, mais une entité plastique et donc susceptible d'évoluer. En ce sens, la doctrine bouddhique de "l'absence de Soi" est une invitation à faire un bon usage de son libre-arbitre. "Non-Soi" veut dire : vous pouvez changer ! C'est donc une doctrine morale du libre-arbitre.

Mais, me dira-t-on, le bouddhisme enseigne au final l'absence de tout Soi. D'ailleurs, c'est la vision de cette absence de Soi ou de moi, comme on voudra, qui fait d'un individu un Bouddha, un éveillé.

Ce n'est pas faux, mais même cette doctrine-là n'a pas convaincu tous les bouddhistes. 

Car, pour commencer, il existe des Bouddhas. Chaque Bouddha a une individualité. Ainsi, Amitâbha n'est pas Shâkyamuni. Comment expliquer cette individualité si être Bouddha c'est réaliser qu'il n'y a pas de Soi ?  

Ensuite, personne n'aspire à son propre anéantissement. Même ceux qui veulent se suicider désirent en réalité faire disparaître une souffrance, et non se faire disparaître eux-mêmes. Toute conscience s'aime elle-même. Comme dit Yajnavâlkya, un ancien sage, "tout est aimé pour l'amour du Soi". Il y a donc une vérité même dans l'égoïsme. Mais laquelle ?

Les bouddhistes qui n'ont pas été convaincu par la doctrine du non-Soi ont inventé une nouvelle doctrine, propagée dans des textes à partir du début de notre ère. L'un des plus connus est le Soûtra de la Guérison totale (Mahâparinirvânasûtra). On y fait dire ceci au Bouddha historique à la veille de sa mort :

"Pour le bien des débutants, j'ai dit (dans le passé) qu'il n'y a pas de Soi, pas de personne, pas d'individu, pas d'âme, pas d'homme, pas de roi, personne qui connaît, personne qui voit, personne qui agit, pas d'agent... Le Bouddha [il parle de lui à la troisième personne] a donc dit qu'il n'y a pas de Soi dans la doctrine du Bouddha, afin d'éduquer certains. C'est un enseignement de circonstance. L'affirmation selon laquelle il n'y a pas de Soi est donc un propos de circonstance" 

à replacer dans son contexte. Le Bouddha explique qu'il voulait simplement montrer que le Soi tel qu'il est ressenti d'ordinaire, c'est-à-dire comme limité dans le corps, est cause de souffrance, origine de la peur de la mort. Mais ce faux Soi est différent du vrai Soi, dont le Bouddha proclame l'existence : "Le Soi existe". 

De même, le bouddhisme d'origine affirme qu'il n'y a pas de Soi, que la croyance en un Soi est souffrance, que rien n'est permanent. Mais, dans ce nouvel enseignement et d'autres, le Bouddha affirme explicitement qu'il existe un Soi permanent et bienheureux. Le Bouddha est le Soi, permanent, pur et bienheureux.

Cette doctrine du Soi est reprise dans les tantras bouddhistes :

"Il y a bien un Soi (âtmâ)
Qui imprègne tous les êtres.
Si il n'y avait pas de Soi,
Alors les individus qui se réincarnent seraient
Comme des arbres déracinés !"
Mahâmudrâtilaka Tantra

Le "je" (aham) qui imprègne toutes choses
Est absolument ininterrompu.
Une personne sans "je"
Serait comme un arbre
Sans racines !"
Vajramâlâ Tantra

"Même un Bouddha
Ne peut démontrer que le Soi,
Le soi-même, n'existe pas.
Si le Soi n'existait pas,
Les trois mondes seraient
Comme un homme décapité !"
Jnânatilaka Tantra

La personne originelle (purusha), le seigneur (îshvara),
Le Soi qui est l'âme (jîva),
L'individu (sattva) qui est le temps
Et la personnalité (pudgala)
Est la nature propre de toute chose.
Il est le magicien (à la source de toutes les formes).
Hevajra Tantra

Donc, même les doctrines indiennes les plus impersopnnalistes n'ont jamais affirmé l'inexistence absolue de l'individu. Elles invitent plutôt à vivre et ressentir l'individualité autrement. Ce qui est très différent !

Dharma dit "Wouf !"

Une présentation en anglais du Soi éternel et bienheureux, véritable message du Bouddha :



7 commentaires:

schilling laurent a dit…

Si mon royaume etait de ce monde
ce monde ne pourrait etre.
Si ce monde n'etait
Comment serait il possible de connaitrre
Le royaume?

Micheline Laporte a dit…

Bonjour David,


" Elles invitent plutôt à vivre et ressentir l'individualité autrement. Ce qui est très différent".

Mais encore, comme une page blanche ou d'une page tintée de notre couleur propre ?

Sommes-nous le magicien de toutes ces formes ?

Micheline

Philippe a dit…

Il me semble que la seconde doctrine provient du Mahayana, branche à la fois plus ouverte et plus métaphysique du bouddhisme, qui invente le concept du bodhisattva et la notion de "nature de Bouddha".

D'ailleurs, n'est-ce pas cette "nature de Bouddha", sorte de soi pur, qu'il s'agit de retrouver ?

Merci pour vos éclaircissements et votre érudition.

Carlos Echarri a dit…

Je crois que cette doctrine c´est la nature de bhoudda, le soi, dans les traditions tantriques. Mais je ai entendu parler à des maitres bhoudiques zen, surtout dans les ecoles Soto et Rinzai, que c´est une falsification du vrai message du Bhoudda. Ils disent que le anatman, c´est la veritable doctrine du bhoudisme. Et ces ecoles-la sont terribles avec le zazen pour reduire le soi a cendres. Mais je ne suis pa un expert, que c´est que vous pensez?

Dubois David a dit…

Comme une page multicolore Micheline ! Un miroir diapré, un cristal aux mille teintes.

shivette a dit…

L'empereur Jaune, souverain mythique de la Chine, au lieu de rester dans son palais central immuable, s’avise un jour de dominer le monde.
Aussitôt il perd sa « perle obscure », le joyau auquel il tient par-dessus tout …
« L'empereur Jaune se rendit un jour au nord de la Rivière rouge, escalada le Mont K'ouen-louen et du regard embrassa le sud. De retour chez lui, il s'aperçut qu'il avait perdu sa perle obscure. Il chargea Connaissance d'aller la retrouver, mais ce fut en vain. Il envoya Vue Perçante, mais elle revint bredouille. Il envoya Dispute, qui ne la trouva pas plus. Il envoya finalement Sans Rien, qui la retrouva. ‘Étrange, se dit-il, que ce soit Sans Rien qui l'ait retrouvé !’ »
Tchouang-Tseu, La perle obscure
Qu’est-ce que cette Perle Obscure ? C’est ce qui est obscur pour la Conscience.
Et qui trouve la Perle Obscure ?

Dubois David a dit…

Carlos, la doctrine du non-Soi n'est qu'une préparation à la révélation du Soi. Le non-Soi n'est qu'une construction mentale, alors que le Soi est une intuition, une expérience directe, non-duelle. Ceux qui prétendent le contraire (à savoir, que les soûtras qui parlent du Soi ne sont que des métaphores du non-Soi) ont subi un lavage de cerveau. C'est malheureusement le cas de nombreux bouddhistes. D'où l'image de confusion et de coupage de cheveux en quatre souvent associée au bouddhisme...

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