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mardi 19 juillet 2022

L'élan divin au cœur de l'humain

(Arthur Prince Spear)

Plonger dans l'élan primordial est la grande pratique du Tantra. Une invitation à explorer le mystère du mouvement, n'importe quel mouvement.

 Shiva dit :

udyamo bhairavaḥ //

"L'élan est le divin.

Explication en vers par Varadarâja :

L'élan est l'acte d'émerger instantané,
un 'euréka !' en forme d'expansion de notre conscience 
qui s'écoule comme éclosion du ressenti.
L'élan est un frémissement intérieur,
la sensation 'je suis' en sa plénitude.
Il est tout de tout :
il est (la source) de tous les pouvoirs, 
la (source) indifférenciée, totale,
universelle, en plénitude, de tout choix,
de toute (perception) différenciée.
Il est donc est capable de les engloutir toutes :
tel est le sens du nom 'Bhairava, l'Effroyable".
L'intuition de cette réalité divine
a le pouvoir de dénouer les liens.
Et, une fois les sens et l'esprit à nouveau actifs,
la manifestation de la dualité est guérie."

yo 'yaṃ vimarśarūpāyāḥ prasarantyāḥ svasaṃvidaḥ | 
jhaṭity ucchalanākārapratibhonmajjanātmakaḥ || 
udyamo 'ntaḥparispandaḥ pūrṇāhambhāvanātmakaḥ | 
sa eva sarvaśaktīnāṃ sāmarasyād aśeṣataḥ ||
viśvato bharitatvena vikalpānāṃ vibhedinām |
alaṃ kavalanenāpīty anvarthād eva bhairavaḥ || 
athedṛgbhairavāpatter bandhapraśamakāraṇāt |
vyutthānaṃ ca bhavec chāntabhedābhāsam itīryate || 

Shiva-sûtra I, 5

lundi 13 avril 2020

L'absolu est vie

Maldives Underwater - by The Cherry Blossom Girl bubbles turquoise waters light play - bulles sous l’eau jeu avec la lumière

Au sortir du sommeil profond, c'est-à-dire au premier instant du jaillissement de la conscience de l'être, il y a le souffle, prâna.

Cette vibration immobile qu'est la conscience devient le va-et-vient de la respiration (shvâsa-nishvâsa, prâna-apâna). L'océan est mouvement : ici mouvement d'huile, là tempête. Mais toujours mouvement. De l'un à l'autre, point de rupture.

Il n'est donc pas question de bloquer (nirodha) ou d'aspirer à supprimer définitivement la respiration ou l'énergie du souffle. L'absolu est conscience. La conscience est vie. La vie est mouvement. Le mouvement est respiration. 

Le va-et-vient sensible de la respiration peut parfois s'amenuiser, s'affiner, s'allonger (âyâma). En particulier, l'attention s'affranchit de ce mouvement quand elle se pose sur leurs intervalles. Mais le souffle ne disparaît pas pour autant. Il retourne à un état plus subtil.

naisargikaḥ prāṇasambandhaḥ //

prāṇe pariṇatā saṃvit prāg iti proktayā diśā || 
nisargāt sahajāt svasya svātantryād anivāritāt || 
cañcatprapañcavaicitryaprakarṣakaraṇecchayā || 
saṃkocaṃ parigṛhṇānā saṃvid bhagavatī svayam || 
prāpnoti saṃkucattattatprāṇagrāhakabhūmikāḥ || 

Le lien au souffle est inné.

Explication en vers par Varadarâja :

" 'La conscience est d'abord devenue souffle' :
selon cette indication, la divine conscience elle-même
assume un état de contraction, 
grâce à son puissant désir 
de s'élancer sous la forme merveilleuse 
de la manifestation.
Elle s'ébranle ainsi 
parce qu'elle est libre en elle-même,
libre d'une liberté innée et sans voiles.
Elle s'identifie alors à l'état des différents
êtres doués de l'énergie du souffle
et se contracte à leur mesure."

Aphorisme de Shiva, Shiva-sûtra, III, 43

dimanche 12 avril 2020

L'élan est le divin même

J'adore les profondeurs de l'océan... telle une sirène....

Shiva dit :

udyamo bhairavaḥ //

yo 'yaṃ vimarśarūpāyāḥ prasarantyāḥ svasaṃvidaḥ | 
jhaṭity ucchalanākārapratibhonmajjanātmakaḥ || 
udyamo 'ntaḥparispandaḥ pūrṇāhambhāvanātmakaḥ | 
sa eva sarvaśaktīnāṃ sāmarasyād aśeṣataḥ ||
viśvato bharitatvena vikalpānāṃ vibhedinām |
alaṃ kavalanenāpīty anvarthād eva bhairavaḥ || 
athedṛgbhairavāpatter bandhapraśamakāraṇāt |
vyutthānaṃ ca bhavec chāntabhedābhāsam itīryate || 

"L'élan est le divin.

Explication en vers par Varadarâja :

L'élan est l'acte d'émerger instantané,
un 'euréka !' en forme d'expansion de notre conscience 
qui s'écoule comme éclosion du ressenti.
L'élan est un frémissement intérieur,
la sensation 'je suis' en sa plénitude.
Il est tout de tout :
il est (la source) de tous les pouvoirs, 
la (source) indifférenciée, totale,
universelle, en plénitude, de tout choix,
de toute (perception) différenciée.
Il est donc est capable de les engloutir toutes :
tel est le sens du nom 'Bhairava, l'Effroyable".
L'intuition de cette réalité divine
a le pouvoir de dénouer les liens.
Et, une fois les sens et l'esprit à nouveau actifs,
la manifestation de la dualité est guérie.

Shiva-sûtra I, 5

samedi 16 novembre 2019

L'acte de conscience





caitanyam ātmā

caitanyaṃ citkriyārūpaṃ śivasya paramasya yat
svātantryam etad evātmā tato 'sau paramaḥ śivaḥ

L'acte de conscience est le Soi

L'acte de conscience est l'activité 
qui est la conscience de l'absolu. 
Cette liberté souveraine est le Soi,
qui est donc l'absolu.

Shiva-sûtra-vârttika de Varada Râdja, du Sud de l'Inde, fin XIe siècle

Le Soi est l'absolu,
l'acte de conscience de soi, 
évident.

vendredi 28 décembre 2018

Comment méditer sur le souffle ?



La méditation sur le souffle est, avec quelques postures simples, présente dans les plus anciennes formes de yoga.

Dans le Yoga du Corps (kula-yoga), l'une des sources du Hatha Yoga, l'observation de la respiration est élevée jusqu'à un incroyable degré de finesse. La tradition considère clairement que la simple attention au va-et-vient du souffle est une voie complète vers l'éveil, et non une étape ou un auxiliaire.


Mais contrairement au Hatha qui aspire à stopper les activités naturelles du corps, le Yoga tantrique kaula ne vise pas à suspendre entièrement la respiration.

Certes, quand on donne une pleine attention à la fin de chaque expir, le va-et-vient s'apaise, le mental se calme :

"Quand la respiration va et vient de manière égale, le [yogi] voit [tout] de manière égale." (Shiva-sûtra III, 24)


Mais on parle ici toujours de mouvement (samcâra) et non d'arrêt. Le prâna-âyâma consiste alors à allonger et affiner le souffle, non à l'arrêter complètement.   


Pourquoi cette différence d'approche ?

Parce qu'il semblerait que le Hatha soit d'inspiration bouddhiste, de même que le Yoga de Patanjali. Or le bouddhisme, depuis son origine, se veut anti-naturel, au sens où il ambitionne d'aller à contre-courant, contre le courant du samsâra, du devenir douloureux. 

Voilà pourquoi le Hatha est très technique, tandis que le Yoga du Corps est plutôt une célébration de l'incarnation. Il ne s'agit pas de se délivrer du corps, mais de l'élargir jusqu'à l'infini. Le souffle n'est pas bloqué, car :


"Le lien avec le souffle est naturel" (id. III, 44)


Le souffle est la vie, le corps. Et tout cela est la manifestation du divin. Le problème n'est pas le corps, mais l'oubli de l'espace sans limites dans lequel baigne cette incarnation. Chacun est appelé à se réveiller, à se rappeler cette source. La chair est alors reconnue comme manifestation du divin. 


Rejeter le souffle, c'est rejeter la vie, car le souffle est la vie, comme disait Shiva dans le Tantra de la Liberté (Svacchanda-tantra) :


"Le souffle est l'énergie vitale qui engendre l'expiration et l'inspiration".


Dans cet esprit, le "contrôle de la respiration" disparaît. On traduira prâna-âyâma par "affinement du souffle", rendre le corps à l'espace, à son espace, à cette présence intime que l'oubli a contracté. 


La pratique est souffle est libre célébration, adoration en dehors de tout cadre religieux. La tradition du Yoga du Corps, Kula-yoga, tradition du Cœur cosmique (kaula-dharma), transcende tous les clivages. Elle est présente, en Inde, dans toutes les traditions "comme le parfum dans les fleurs".


Shiva, au-delà du temps, là, maintenant, en parle ainsi :


"[Le mouvement du souffle de vie est transmuté en énergie divine] en se recueillant dans l'intime des narines. Alors à quoi bon les canaux de droite et de gauche ? A quoi bon le canal central ?" (id. III, 45)


Les canaux sont les rivières du corps subtil (privé, intime, non objectif) dans lesquelles coulent l'énergie vitale. Leur parcours varie selon les besoins de la pratique, mais on retrouve toujours trois canaux principaux : gauche et droite, qui incarnent l'inspir et l'expir, support de toutes les dualités (prendre/donner, accepter/rejeter, aimer/haïr...), et canal central, image de l'équilibre par où la conscience se libère des dualismes. 


Mais ici, la sensation du passage de l'air dans les narines est suggéré. Pourquoi ? A cause de sa subtilité et de sa nature tactile. Le toucher est enfant de l'espace. Il a ce pouvoir de ramener à l'infini, à l'Ouvert, bien davantage que les autres sens. Voilà pourquoi le Yoga du Corps accorde tant d'importance au toucher, plutôt qu'à la vue/vision des autres traditions.


Ecoute du souffle.

Des bulles éclatent dans l'espace.
Offrandes au linga ultime,
au symbole ineffable.
Méditation toute simple,
nul besoin de rien.
Ni visualiser, ni compter,
juste sentir.
Pleinement,
répondre à l'invitation du souffle.
Plonger, se donner totalement.
Alors on s'éveille à l'espace,
on se reconnaît espace,
ouvert, flottant, 
détendu, éclatant.


Pour explorer ensemble ce Yoga, j'ai le plaisir de vous inviter à un stage à Bézier les 9 et 10 février de 10h à 17h.
Renseignements et inscriptions :
06 68 49 39
coachingsabinewirt@gmail.com  

vendredi 21 décembre 2018

L'éveil est-il la fin du monde ?


 


"L'éveil est la disparition du monde" :
dans certaines traditions non-dualistes, l'éveil est décrit comme la disparition du monde, à jamais anéanti.
Le Vedânta par exemple considère que le monde est basé sur une erreur. Quand cette dernière est corrigée, c'est l'éveil, et l'illusion engendrée par cette erreur, cesse.
Tout simplement. 

Comment savoir si l'on est éveillé ? Tant que le monde est perçu, il n'y a pas eu éveil.

Evidemment, c'est très difficile à avaler. Car le monde ne disparaît jamais définitivement. Sauf à le prendre en un sens métaphorique, ce que le Vedânta ne fait pas toujours. Tant qu'il y a un sujet et un objet, disent-ils, il y a dualité et donc ignorance.

Mais est-ce vrai ? Qu'est-ce que l'éveil ?

Il y a bien des interprétations possibles, même si l'expérience est une.

Je dirais que le monde retourne à sa source. Puis il réapparaît depuis la source, mais consciemment pour ainsi dire. Car le monde n'est pas créé par l'ignorance. Bien sûr, il y a un aveuglement, un oubli. Sans cela, le jeu de l'indivi-dualité  serait impossible. Mais la dualité est désirée, librement, sans influence d'une mystérieuse ignorance. 
Oui, il y a ignorance, mais l'ignorance est librement assumée,
comme un roi qui joue à être son propre sujet. L'ignorance n'est pas première. Elle s'enracine dans une vertigineuse liberté.

Shiva dit que le monde est créé par la conscience :

[Dieu] engendre la création grâce à sa mère.

(Shiva-sûtra III, 18)

La Mère est la conscience.

Mais on peut aussi lire :

[Dieu] engendre la création grâce à sa propre subjectivité.

Ce qui n'est pas très différent. Ou encore :

[Dieu] engendre la création grâce à des aspects de lui-même.

Ce qui complète. Le Mystère crée en se manifestant à soi même, comme un lion qui se regarde dans un miroir.

Mais comme il n'y a rien en dehors du miroir de la conscience, il n'y a qu'une conscience. La mienne, la votre : c'est une seule et même conscience. Seuls les contenus locaux varient.

Réaliser cela, c'est créer tout. Quand je m'éveille à cette intuition, "je fais et je connais tout ce que je désire", puisque je me reconnais comme la source de tout ce qui arrive.
Le monde devient alors une manifestation de ma liberté.
Comme dit un commentateur : "Cette [nouvelle] création est le signe que l'on vit dans la liberté".

L'être ignorant, conscience qui vit localement dans l'oubli d'elle-même, est le jouet de ses pensées et autres énergies corporelles. Il n'est pas créateur. Il est créé.

Mais quand la conscience s'éveille :

[Le monde et le mental] détruits [par l'éveil] réapparaissent dans la conscience unifiante des fragments de l'expérience. (III, 25)

Nous réalisons dans une plongée profonde que nous sommes le miroir infini de la conscience. Puis les reflets réapparaissent, mais reconnus comme reflets dans le miroir. Et qu'est-ce qui se reflète ? La liberté absolue du miroir, car il n'y a rien en dehors de lui. 

Nous avons une "conscience unifiante" des éléments de l'expérience. Ces "éléments" ou fragments apparaissent, comme autant de "briques" du monde. Mais ils baignent dans la conscience dont ils semble surgir comme les vagues de l'océan.

Le monde et le mental sont donc recréés. Rénovés à partir des fondations :

L'univers est fait de ses Energies. (III, 31)

La dualité réapparaît sur fond d'unité :

Quand la séparation a été éliminée, [le yogin/la yogini]
s'adonne à une autre création. (III, 37)

Ainsi, l'éveil n'est pas la fin du monde, mais la fin d'un monde.




jeudi 20 décembre 2018

Quelle est la posture idéale pour méditer ?

Yogi tibétain


La tradition qui a dès l'origine mit l'accent sur la méditation est le bouddhisme.

Cette religion n'est pas spécialement sensuelle, encore moins hédoniste. Le Bouddha n'était pas un adepte du ressenti à tout-va.

Pourtant, dans les descriptions les plus anciennes de l'expérience de la méditation, l'importance donnée au corps est frappante. La méditation y est vraiment décrite comme une expérience du corps, comme une immersion dans une eau fraîche par exemple. Ainsi, nous allons "toucher le nirvana de tout notre être".

Dans les Yogasûtras, un texte en grande partie inspiré par les enseignements bouddhistes, la posture doit être "confortable". Et en effet, qui partirait en promenade avec un caillou dans la chaussure ? La posture idéale est donc celle qui procure une sensation en harmonie avec l'état intérieur de la méditation. Une ouverture spacieuse, verticale, dégagée et relaxée à la fois. 

A mon sens, la position des bras et des jambes est secondaire. Le plus important est la position de la tête. S'éveiller à une subtile sensation d'aspiration vers le haut rend l'attention alerte et disponible. Le reste du corps flotte, comme des nuages autour d'une montagne.

Une posture subtile ouvre à une méditation subtile.
L'attention fine à la posture est déjà méditation, à condition que l'attention soit vraiment fine. 

Le zen Soto pressent cela, avec l'importance centrale qu'il donne à la posture ("de zazen"), presque jusqu'à l'idolâtrie.

Assis ou debout, la tête dégagée comme une danseuse classique, le reste du corps lâché, décroché. Le dégagement de la tête prévient la torpeur. La détente du reste du corps prévient l'agitation.

Il y a bien d'autres points, subtils mais puissants. Cependant, l'essentiel est là.

Quand l'attention entre "dans" cette posture, comme une main délicate dans un gant de soie, une résonance se révèle. Le son de la Présence. Net, vif, absolu. Mais aussi, palpitant, mouvant, détaché. 

Comme dit Shiva,

Installés dans la posture, nous sombrons facilement dans le lac [de la Présence].  
(Shiva-sûtra III, 17)

On peut aussi lire 

Présents dans une assise confortable, nous sombrons dans le lac.

Le lac immense, absolument limpide, du silence intérieur. 
Le vide que nous pouvons voir dès à présent au-dessus de nos épaule. Vaste ouverture qui accueille la profusion des formes et des couleurs.

Alors la conscience se réveille, explique un commentaire sanskrit, telle un feu, une colère (canda) comme la Colère ou Chaleur intérieure (Candalî) pratiquée par les Bouddhistes tantriques. 
Le lac est la source en laquelle tout va et vient, comme des poissons dans la mer.
Le lac est ce qui contient et imbibe tout.
"Sombrer" en cette fraîcheur, c'est réaliser que nous n'avons jamais été ailleurs.

La posture idéale,
c'est être espace.

Comme dit le Tantra de l'Immortel, cité par un autre commentateur :

"Il n'est pas nécessaire de méditer 
sur quoi que ce soit
en haut, devant ou derrière.
Il n'y a rien à visualiser
dehors ou dedans.
Ne posez pas votre attention sur le ciel,
ne fixez pas votre regard.
Ne pensez pas à un support quelconque,
ni à ce qui est sans support....
Lâchez tout.
Ainsi, on devient un..."

mercredi 19 décembre 2018

Comment s'éveiller ?



Nous sommes dans un état d'hypnose.
Comme les prisonniers de la grotte de Platon,
nous ne savons même pas que nous ne savons pas.
Croyant savoir, nous n'aspirons à rien d'autre.

Parfois, on ne sait trop comment, un réveil se produit.
Un pressentiment apparaît.
Mais comment s'éveiller pour de bon ?
En tournant l'attention vers la source.

La source est cela qui voit ces mots,
qui entend, qui goûte, qui pense...
au-delà des pensées, des formes, des sensations.

C'est le Mystère qui s'est oublié.
C'est le Mystère qui se réveille.

Ensuite ?
Ensuite la clé est l'attention à la source,
conscience de conscience.
Pas tout le temps, mais souvent
et en toutes circonstances.

Shiva confirme que l'attention à la source est la clé 
pour sortir de la grotte :

L'attention à la source [est la clé de l'éveil].

(Shiva-sûtra III, 16)

Les commentaires sanskrit précisent que ce retournement de l'attention détruit l'ego, l'illusion de la dualité et rend à la conscience sa puissance originelle. L'esprit attentif est la conscience qui se réveille. 
C'est "atteindre" ce qui n'est pas affecté par le changement.
La magie (mâyâ) de l'oubli est détruite,
remplacée par une autre magie, infinie (mahâ-mâyâ).

Stages Smara Yoga

mardi 18 décembre 2018

Une seule danse


Réaliser que nous sommes tous un seul être.
Une seule conscience qui se vit à travers des myriades 
de corps, d'yeux, d'oreilles, de peaux...

Se donner à cette intuition :

Le Soi est le Danseur

(Shiva-sûtra III, 9)

Le Soi est ce qui ne peut jamais être un contenu d'expérience. Pas une couleur, ni une forme, ni un parfum.

Il est l'expérience elle-même, pure sensation, pure présence,
source de tout. 
Vivant parce qu'il est la Vie,
il est créateur, artiste, joueur.
Victime de ses propres jeux,
il se laisse dériver, à l'aventure,
comme un roi qui erre, incognito.

Derrière tous les visages,
espace pour tous les visages.

Basculer dans l'ivresse du pressentiment.
Planer, tanguer, juste curieux de voir jusqu'où cela va mener,
sans but, comme dans un moment d'abandon,
sans discernement, sans rien à vérifier, à trouver.

Sentir que tous nos personnages sont nos marionnettes,
les fils sont reliés à un même centre.
Le Mystère que nous sommes goûte tout,
toute la gamme des émotions.
Se repose dans ce saisissement :
une infinie richesse de joies et de peines,
de hauts et de bas,
alors que nous n'avons jamais quitté le centre.
Tels des acteurs, totalement impliqués,
totalement détachés.

Se laisser prendre par cette insaisissable évidence.

samedi 15 décembre 2018

Comment méditer ?


Méditer est simple.
Juste se laisser aller, sans rien forcer.
Un espace se déploie, devient sensible
qui enveloppe le corps.
Le bavardage mental s'apaise.
Les pensées sont ressenties comme
des vagues de clarté dans l'espace.
Le silence se révèle,
vivant, pulsant comme un cœur
qui bat tranquillement,
comme une respiration apaisée.
Les yeux grands ouverts,
tout l'être s'ouvre,
éclot comme une fleur
sous le soleil d'une attention sans tension.
Rien à faire,
larguer les amarres,
se laisser partir au large.
Les formes, les couleurs apparaissent.
Mais aucun jugement à l'intérieur.
Le monde brille dans l'immensité intérieure,
comme un œuf de lumière posé dans le ciel.
Un savoir inné se dévoile,
un savoir sans mots,
dans l'oubli se rappelle.
Réminiscence indescriptible, 
trop simple.

Shiva dit :

Quand nous naissons dans la Présence (vidyâ),
c'est cela être Shiva,
où toutes les énergies dansent dans le vide. 

Shiva-sûtra, II, 5

Les sens ouverts,
offerts à l'espace,
la méditation est notre état naturel.
Un saisissement muet.
Planer dans la confiance.
Se laisser caresser par les formes.
Se laisser éblouir jusqu'à l'étonnement,
nus comme un ciel bleu.
Ne pas chercher à supprimer,
ni à prolonger,
ni a fabriquer.
Un geste tout de douceur, 
se faire discret, effacé
comme le vide qui remplit tout.
Un ravissement invisible,
une fraîcheur offerte, sans but.
Comme un réveil.


jeudi 13 décembre 2018

Effort ou pas effort ?



Notre essence de Présence nue 
est toujours déjà présente.
Si elle était absente,
rien ne pourrait se présenter.

Pourtant, s'accorder à cette Lumière
qui est "plus moi que moi"
semble impossible.
Comment ne pas être distrait ?
Comment ne pas se laisser emporter
par le flot incessant des distractions ?
Une tâche surhumaine...

Shiva, dans ses Aphorismes, offre un indice :

L'effort est réalisation.

(Shiva-sûtra II, 2)

Faire effort, serait-ce la clé de la réalisation ?
Le mot "effort" est bien vague, cependant.
Tendre de tout notre être à cette Présence, oui.
Mais est-ce suffisant ?
Et pourquoi cette force des distractions, 
si tout est cette Présence, en cette Présence ?
Comment les reflets peuvent-ils cacher le miroir ?

La Présence est vivante.
Douée de conscience et d'élan,
elle a surtout le pouvoir de se tromper elle-même.
Conscience, pouvoir de "se prendre pour",
de "s'identifier à" ses propres créations,
de se perdre dans les jeux des personnages
que le Mystère que nous sommes
assume librement.
Illusion, mental, imagination, langage...
mais aussi liberté, extase :
nombreux sont les noms de se pouvoir.

C'est à cause de cette Déesse,
ou grâce à elle, que l'Être peut s'écarter de lui-même,
se méprendre et se reprendre.

Ce pouvoir du "je suis" est la source de tout malheur,
mais aussi la clé de la réalisation.
Selon l'Essence de la Triade (Trika-sâra),

"le Mantra est la propre essence
de la Puissance consciente...
C'est grâce à cette force que
les yogis qui s'adonnent au yoga
connaissent la réalité absolue."

Le Mantra est "je suis", la Force du Soi, l'énergie qui est la conscience elle-même.
Fermer les yeux, laisser les yeux de la Force s'ouvrir.
S'abandonner dans le courant de cette vie
présente avant toute vie.
Sentir tout l'être, corps et âme, lâcher,
comme une fleur qui éclot lentement
sous les rayons de l'astre du jour.

Répéter. Encore et encore.
Plonger, suivre la piste, le parfum
du Mystère, insaisissable mais inévitable.
Sans attendre, encore et encore,
au long des jours et des nuits,
au milieu des soucis quotidiens,
dans les inconforts et les peines.
Accueillir cette Force capable
de nous emporter au-delà de toute distraction,
dans l'ineffable.
Juste s'ouvrir, un sourire intérieur s'esquisse,
le visage se détend.
Faire un instant ce geste de se laisser faire,
laisser la Force défaire ce qui doit l'être.
Un instant suffit.
Un acte bref.
Encore et encore.

Un effort qui n'est pas de nous,
mais qui surgit du tréfonds,
l'effort d'une Force qui nous prend en charge,
qui s'occupe de tout,
à laquelle nous cédons comme
le flocons s'évapore sur la pierre chaude.
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