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mercredi 30 juin 2021

La connaissance selon le Tantra



 Comme je le disais dans un article, c'est une maxime du Tantra que l'on ne peut se libérer que de ce que l'on connaît. La liberté dépend de la connaissance. La mesure de ma connaissance est la mesure de ma liberté. Si ma connaissance est limitée, ma liberté est limitée. Abhinavagupta explique cette maxime dans le premier chapitre du Tantrâloka, dans lequel il donne par ailleurs un certain nombre de clés.

La connaissance est donc importante dans le Tantra, puisqu'elle est salvatrice. Elle est gnose. Et donc, après le yoga, Shiva enseigne, dans les Naya-sûtras de la Nishvâsa-tattva-samhitâ, la connaissance. L'omniscience fait connaître la connaissance, la connaissance intégrale qui ouvre à la liberté intégrale, liberté qui caractérise justement Shiva, c'est-à-dire Dieu. 

Il commence par affirmer la vision fondamentale du Tantra : L'absolu est présent en tout, sous la forme de tout. Il infuse toute chose, comme l'espace universel pénètre tous les espaces délimités par les contenants (4, 51). D'emblée, le Tantra est non-dualiste : l'absolu divin et souverain est à la fois transcendant (au-delà de tout) et immanent (il est tout). Le réel est un. Et il enveloppe une infinie diversité hiérarchisée.

De même, l'individu (jîva) animal, humain ou divin, est aussi omniprésent (4, 52). Il infuse tout, le vivant comme l'inerte, "jusqu'au moindre brin d'herbe". Nous sommes donc invités à méditer cette unité des créations, des créatures et du créateur. Le Soi, l'individu, les êtres, les choses, l'univers, Dieu : tout cela est un. C'est ainsi que l'on s'affranchi des émotions opposées (4, 54) et que l'on devient divin. Uni à Dieu, tout est d'une même saveur (sâmarasya). Tout est réalisé comme étant Shiva. Et... pourtant, cette doctrine est considérée comme "dualiste" par le Tantra ésotérique !

Ennemi et amis sont égaux (ce qui ne veut pas dire que l'individu "éveillé" traite chacun de la même manière ; plutôt, il traite chacun selon ce qui lui est du). Méditant cette égalité, le yogin s'immerge dans le divin (4, 57). Même les serpents sont Dieu. Shiva affirme que, si l'on est convaincu de cela, ils ne mordront pas. Les démons eux-mêmes feront la paix avec ce yogin. Ainsi aussi, on atteindra les pouvoirs surnaturels (siddhi) et la pleine participation à la création universelle. Tout est Shakti, tout est conscience, tout est félicité, tout est désir, tout est expérience, tout est activité. 

Cette gnose doit être transmise, par compassion, aux être doués d'amour divin. Elle est "facile à comprendre" (4, 62). Shiva insiste aussi sur les qualités morales et la discipline dont doit faire preuve celle ou celui qui reçoit cette révélation de la non-dualité. 

Shiva enseigne à présent les tattvas, mais du point de vue de leur unité, et non plus l'un après l'autre. On les visualise comme une roue dont le moyeu est Dieu. Les rayons sont la Shakti, constituée des lettres de l'alphabet qui correspondent aux différents tattvas (4, 70-71).

Mais il existe une méthode encore meilleure (4, 72) : 

"Faisant face au soleil, 

il doit contempler avec intensité et aussi longtemps qu'il le peut ; 

il verra des guirlandes de sphères, 

bariolées de lignes distinctes". 

Nous retrouvons ici, encore une fois, la pratique visionnaire : contempler le ciel. Des lumières et des formes géométriques apparaissent. Peu à peu, tout le champ de perception et l'état de conscience se transforment. C'est l'une des pratiques récurrentes du yoga de Shiva. 

Les différentes couleurs de ces formes correspondent aux tattvas supérieurs. Ainsi par exemple, la lumière bleue nuit est Mâyâ. La lumière rouge est Vidyâ. Ces formes colorées sont la manifestation au dehors, dans le ciel devant le yogin, de ce qui est contenu en lui, dans le "canal central" du corps subtil (4, 73-75). Au milieu de la Shakti, c'est à dire au milieu du ciel, on verra Shiva sous la forme d'une bulle (4, 76). Quand on voit cette sphère, on devient maître du réel (4, 77). Il ne s'agit pas de visualisation, mais bien de vision directe. Voire cette sphère, c'est être libéré. Seul celui qui a eu cette vision est libéré et peut libérer autrui. 

Si l'on médite ainsi un mois, on atteint la maîtrise des niveaux de conscience jusqu'au vingt-quatrième, la Nature. Avec chaque mois supplémentaire de pratique, on maîtrise un niveau supérieur, jusqu'à Shiva. Finalement, on atteint l'indépendance, la liberté absolue (svâcchandya, terme qui va donner son nom au Svacchanda-bhairava-tantra, le plus important des Bhairava-tantras), la souveraineté sans limites (4, 83). 


Tel est, selon ce tantra ancien, le "suprême secret", la quintessence de toute connaissance, qu'il ne faut révéler qu'à un disciple dévoué, après douze années d'examen. Il ne faut pas donner ce "nectar des nectars" aux méchants, ni à ceux qui vendent l'enseignement (4, 84-88). Il ne faut jamais l'enseigner à plus de dix disciples (à la fois ?), qui ont été attirés par la Shakti de Shiva.

Ce yoga des visions lumineuses, cette alchimie de la lumière, est le prolongement du yoga de l'espace. Dans d'autres tantras, on parle du "yoga non-mental" (amanaska), la Méditation de Shiva ; et du "yoga transcendant (târaka)", le yoga des visions lumineuses "qui fait passer au-delà. Mon hypothèse est que ce yoga est la pratique centrale du chamanisme depuis la préhistoire, en particulier dans l'aire indo-européenne.


samedi 8 août 2020

Vijnana Bhairava Tantra 32 Silent Contemplation of the Sense Fields

Exercise of imagination - The Hindu

The experience of silently contemplating the five sense fields :

śikhipakṣaiś citrarūpair maṅdalaiḥ śūnyapañcakam |
dhyāyato 'nuttare śūnye praveśo hṛdaye bhavet || 32 ||

"Contemplating the fivefold empty (sens fields)
as being (like) the designs, wondrous and illusory,
of the peacock's feathers,
one shall enter the heart, absolute emptyness."

vendredi 24 juillet 2020

La méditation de Shiva dans la Bhagavad Gîtâ

A chola bronze figure of krishna | Olympia Auctions
Krishna / Kâlî, bronze Chola

Le Chant du Bienheureux ou Bhagavad Gîtâ est le livre le plus célèbre de l'hindouisme.
Le shivaïsme du Cachemire en propose une interprétation ésotérique.

Selon Mahesvarânanda, Krishna est Kâlî, c'est-à-dire la conscience universelle envisagée comme Temps. Le Temps est le pouvoir suprême selon le Mahâbhârata, dans lequel s'inscrit l'enseignement de la Bhagavad Gîtâ.

Krishna est Kâlî, la conscience comme Temps qui, simultanément, engendre tout et engloutit tout. Elle est la conscience en tant que vie, qui crée et qui détruit à chaque instant. De même que Krishna a ses 16 000 bergères, la conscience est douée de 16 000 énergies qui sont les différentes facettes de notre existence.

Si je reconnais la source de ces pouvoirs, je suis libre. Si je la méconnais, je suis prisonnier de ces mêmes énergies.

Dans ce cadre, la pratique principale est la méditation de Shiva, que j'ai évoquée ici à de nombreuses reprises et que j'expose plus en détail dans les Quatre yogas et l'Anthologie du shivaïsme du Cachemire, qui viennent de paraître chez Almora.

Dès lors, il est logique de retrouver cette pratique dans la Bhagavad Gîtâ. Par exemple ici, dans ce passage très célèbre où Krishna/Kâlî se révèle à Arjuna dans sa forme divine. Mais seul le divin peut voir le divin. Krishna a donc d'abord fait grâce à Arjuna de la vision divine (XI, 8). Or, cette vision divine n'est autre que la vision de Shiva, le geste de Bhairava qui définit la méditation de Shiva (shiva-mudrâ, shâmbhavî, etc.), décrite dans ces versets (XI, 23, 24) :

rūpaṃ mahat te bahuvaktranetraṃ
mahābāho bahubāhūrupādam /
bahūdaraṃ bahudaṃṣṭrākarālaṃ

dṛṣṭvā lokāḥ pravyathitās tathāham //

nabhaḥspṛśaṃ dīptam anekavarṇaṃ 
vyāttānanaṃ dīptaviśālanetram /
dṛṣṭvā hi tvāṃ pravyathitāntarātmā dhṛtiṃ na vindāmi śamaṃ ca viṣṇo //


"Je (contemple) ta forme immense" : l'espace.
"... aux nombreux visages et yeux" : l'expérience de reconnaître l'unique conscience en amont de tous les visages et de tous les regards.
"Toi, aux bras immenses" : l'expérience de l'immensité des bras qui s'étalent dans l'espace.
"Toi, aux multiples bras, genoux, pieds, aux nombreux ventres" : une seule conscience en amont de tous les corps.
"Te voyant, les mondes tremblent, et moi aussi" : le bavardage intérieur cesse, le Moi s'ouvre, entre en expansion par la puissance de la vibration.
"Tu sens l'espace, enflammé, aux multiples couleurs" : l'espace se rempli de teintes, de lumières pulsantes. Le corps s'ouvre et se répand dans l'espace, comme une lampe à travers les ouvertures d'un vase.
"Ton visage est illuminé" : la sensation de rayonner dans l'espace.
"Ton regard, vaste, s'allume" : le "troisième oeil" s'ouvre, le regard se réveille à soi.
"T'ayant vu, je tremble en moi-même, incapable de trouver un support stable, ni aucun repos" : l'attention ne trouve plus de référence dans l'espace, elle se noie en lui, comme la vague en l'océan.

Et ainsi de suite. Ce chapitre est une évocation de cette pratique "cachée dans tous les tantras". De même, la Bhagavad Gîtâ est l'enseignement du tantrisme non-dualiste, mais à travers des symboles et de manière détournée.

Il existe, à ma connaissance, au moins deux commentaires à la Gîtâ composés par des adeptes du shivaïsme du Cachemire. Ils restent à traduire. Mais surtout, il reste encore à proposer une interprétation de toute la Bhagavad Gîtâ dans la perspective ésotérique du shivaïsme du Cachemire.






dimanche 21 juin 2020

Cernunnos, Shiva en Gaule ?

Une statuette de Cernunnos, le Dionysos gaulois,
dans l'attitude de la méditation de Shiva (shivamudrâ, shâmbhavî, etc.),
regard jeté dans l'espace, bouche entr'ouverte, Autun :


Bernard sergent a suggéré que Shiva/Dionysos et Devî/Athéna ne forment qu'un seul et même couple divin. 
Mais cette image-ci prouve, au-delà de tout doute raisonnable, qu'il existe une même tradition autour d'une même pratique, celle de la "contemplation des trois cieux" : le jour (blanc, sattva, Parâ), la nuit (noir, tamas, Aparâ) et l'aube (rouge, rajas, Parâparâ) et les innombrables triades dérivés de cette contemplation, comme celle transmise par Proclus : Être, Vie, Pensée ; ou encore : être, procession et conversion, triade dialectique plagiée ensuite sous la forme de la Trinité. 

Shiva et la Déesse, Saintes :


Bhairava, Saintes :


Bhairava, Dijon :

dieu aux oiseaux

Déesse, Besançon :

1 ANTLERED GODDESS.jpg


Shiva, maître du yoga, Mayence :

 Cernunnos

mercredi 10 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 84 85

Extremely early terracotta Ganesh from India, Afghanistan, or ...
Ganesha survivant, Afghanisthâna


L'expérience de l'espace :
ākāśaṃ vimalam paśyan kṛtvā dṛṣṭiṃ nirantarām |
stabdhātmā tatkṣaṇād devi bhairavaṃ vapur āpnuyāt || 84 ||
"Contemplant l'espace immaculé,
le regard immobile,
être immobile dès cet instant,
on gagnera le corps divin."

L'expérience de l'absence de tête :
līnaṃ mūrdhni viyat sarvam bhairavatvena bhāvayet |
tat sarvam bhairavākāratejastattvaṃ samāviśet || 85 ||
"Le ciel entiers dissout dans la tête,
qu'on (le) réalise comme divin.
Alors on s'absorbera entièrement dans l'être de l'éclat,
le visage du divin."

lundi 8 juin 2020

Alchimie externe et interne

Global Nepali Museum - The Sage Agastya Seated in Meditation on ...
le sage Agastya, avec sa ceinture de méditation, Népal

Le plus souvent, la description de la vie intérieure semble s'inspirer, en tout ou en partie, de l'alchimie.
Une expérience de reconstitution d'opération d'alchimie tantrique illustre cette relation.

La solidification du mercure, mūrchā. L'étape suivante est la sublimation (pātana).

Sur le plan mental, correspond à la pratique de la concentration sur un support. Mūrchā signifie aussi "évanouissement" et correspond aux expérience de laya ou "disparition" du mental. Ces disparitions sont provisoires. Pour être définitives, l'attention doit y plonger : c'est la dévotion, bhakti, élément essentiel de l'alchimie.

La solidification ou concentration du mental/attention est suivie de la sublimation de l'attention. Solve et coagula. Fermeture puis ouverture, contraction puis expansion, mort et renaissance.

C'est précisément ce que nous avons vu dans la vidéo du verset 80 du Vijnâna Bhairava Tantra :

D'abord l'attention est stabilisée, solidifiée (stabdhāṃ dṛṣṭim=mūrchā), puis elle est sublimée (nipātya ca=pātana) avant d'être totalement libérée (nirādhāraṃ kṛtvā) et d'"atteindre Shiva" (śivaṃ vrajet).



Dans ce symbolisme, le mercure (rasa, la semence divine tombée sur terre) symbolise l'attention volatile et fascinante, le "mental", le souffle et le sperme. Dans tous les cas, il s'agit de les immobiliser pour les transmuter.

Ce chemin est le chemin de la méditation de Shiva, les yeux ouverts, l'attention inversée.

lundi 11 mai 2020

Le mystère des plumes du paon, sur le Vijnâna Bhairava Tantra 32

Smara Yoga, blog philosophie de David Dubois: Les origines ...

Traduire et comprendre un verset sanskrit est difficile.
Mais parmi ces versets, certains sont quand même plus difficiles que d'autres.

Le verset 32 du Vijnâna Bhairava Tantra est un cas de verset particulièrement difficile à traduire et à interpréter. La traduction est une forme d'artisanat, une oeuvre à remettre sans cesse sur le métier.
Comme je ne suis pas satisfait de la traduction que j'ai proposée dans Le tantra de la reconnaissance de soi paru chez Almora en 2015, en voici une nouvelle version, qui sera intégrée aux prochains tirages de ce livre :



« Si l'on contemple le quintuple vide (des cinq sens)
comparable aux mandalas des plumes du paon
(ou bien) aux formes étonnantes (de ses ocelles),
on s'absorbera dans le cœur,
dans le vide absolu. 32

Explication de Shivopâdhyâya

On s'absorbera complètement dans l'espace ultime en contemplant dans le cœur1 le quintuple vide – en haut, en bas, au centre et sur les côtés – semblable aux formes étonnantes qui recouvrent les plumes du paon et aussi à ses ocelles lumineuses, aux formes vides vers l'intérieur (comme) vers l'extérieur2. Ou bien, on contemplera l'essence vide des cinq sens.

Mais si l'on lit « comparable aux formes étonnantes des plumes du paon », cela signifie : On s'absorbera complètement, on entrera dans le vide absolu qui est l'essence divine, en contemplant les cinq champs sensoriels comme étant vides, car ils ne sont pas (clairement) manifestés tant qu'ils sont de pures perceptions3. Ils sont alors « le quintuple vide » comparables aux mandalas aux formes variées – étant appréhendées comme forme, comme saveur, etc. - qui sont des « formes étonnantes » comme celles des plumes du paon et de ses ocelles. Les facultés sensorielles sont des « mandalas » (dont la forme) est comparable à la lettre « va » et qui sont la quintessence, l'essence du nectar nourricier4. »

Notes
1En l'occurrence le "cœur" représenté comme "niche" ou "espace", désigne l'intellect (buddhi), partie la plus diaphane du corps-esprit, apte à recevoir la lumière consciente. Cet ensemble de termes, archaïque, n'est pas d'origine tantrique ou śivaïte.
2Ce quintuple vide, ce sont les cinq sens, ou plutôt les cinq champs sensoriels, pareils aux sphères multicolores qui ornent le paon. Ces formes aux couleurs éclatantes sont l'exemple traditionnel de la richesses de la manifestation consciente qui préexiste en la conscience, mais sous une forme indistincte. Le but de cette expérience est de se familiariser avec la non-dualité des perceptions sensorielles (le quintuple vide) et de l'espace de la conscience (le cœur). Pourquoi sont-elles « vides à l'intérieur et à l'extérieur » ? Les formes sont « vides à l'extérieur » car elles n'ont pas de réalité indépendante de la conscience. Et elles sont vides à l'intérieur, dans la mesure où elles ne sont pas verbalisées par l'entendement (manas). De plus, les « ocelles » sont de faux yeux qui peuvent se trouver sur les plumes du paon, mais aussi sur les poissons, les ailes des papillons ou d'autres insectes. Comme le regard « vide » de celui qui est dans l'état de Shiva (Śivamudrā), vide au-dedans, vide au-dehors. Enfin, n'oublions pas qu'en Inde, les plumes de paon sont l'accessoire de base du magicien, qui est en fait un hypnotiseur, comme on le voit par exemple dans la fable du roi Lavana relatée dans le Yoga selon Vasishtha, trésor de la non-dualité dont la version d'origine, nommée « Traité qui est le moyen de la délivrance » (Mosksha-upaya-shâstra), fut composé au Cachemire vers 950, soit peu après le Vijnâna Bhairava Tantra qu'il cite d'ailleurs.
3Tant qu'ils ne sont pas « étiquetés » mentalement, ils restent de pures perceptions, et donc ils ne sont pas « pleinement manifestés », individualisés. Ils restent « vides ».
4Il y a un jeu de mot pour définir mandala : la quintessence (maṇḍa, « l'esprit » d'une liqueur ou « la crème » du lait) en forme de lettre « va » (lāntīdṛśim). La lettre « va » s'appelle Lānta en sanskrit. Dans l'ésotérisme qui s'exprime ici, et qui se réclame de la vision archaïque du sacrifice védique dont témoigne encore la Bhagavadgītā, les facultés sensorielles (dont l'entendement fait partie) sont des « dieux » qu'il faut nourrir et qui, à leur tour, vont nourrir le « cercle intérieur » ou le mandala du Soi. Les perceptions en elles-même ont le pouvoir de nourrir l'âme et de l’enivrer. Elles sont le « spiritueux », l'extrait de nectar (rasa-sāra) dont s'abreuve la conscience. Le commentateur suggère la pratique kaula (kula-dharma), autour de la viande, du vin et de l'union sexuelle.

________

Sur le Vijnâna Bhairava 32 :



samedi 18 avril 2020

Le regard vers le dehors, l'attention vers le dedans

Shiva,Chola bronze

Abhinavagupta dit :

yadi svātmasthito yogī śivacitspandabhūmigaḥ
yadi vā bāhyabhāvaughaviśeṣayoginīkulanandanaḥ // 2.74 //
(... ?)
ghaṭabhāve 'pi sāmānyaspandābhāsamayīṃ sthitim
parabhairavamudrāṃ tām antarlakṣabahirdṛśam // 2.77 //


"Si le yogî vit en soi-même,
dans le champs de la vibration - la conscience de Shiva -
ou bien même s'il se réjouit
au milieu des yoginîs que sont 
les flots des phénomènes extérieurs,
(alors ?) même en présence du corps ordinaire (ghata),
(sa) vie est faite de la manifestation 
de la vibration universelle,
l'éminente méditation de Shiva,
'le regard vers le dehors (mais) l'attention vers le dedans'".

Mâlinî-vijaya-vârttika, II 74-77 (?)

mardi 1 octobre 2019

Vide et plein : les deux voyages de cette année

This desert oasis in Peru is definitely on our bucket list. Huacachina Ica Peru!

Je m'aperçois que cette année (scolaire) je suis censé guider deux voyages très différents, voire opposés : 
l'un dans le désert, au bord d'une mer de sable de plusieurs centaines de kilomètre ; l'autre à Bénarès, l'une des villes les plus anciennes, peuplée de plusieurs millions d'habitant.

Je n'ai pas cherché ce contraste. Mais il a du sens.

Le désert, c'est le vide, le silence, l'espace. C'est la méditation de Shiva. En gros, cette "attitude de Shiva" est une approche traditionnelle qui consiste à ouvrir pleinement les portes des cinq sens, tout en restant vide à l'intérieur, silencieux, sans bavardage mental.

Bénarès, c'est le plein, le bruit, l'abondance, une sorte de jungle humaine où chaque mètre carré ruisselle de vie, de sens, de symboles, d'histoires... C'est la méditation de Shakti. En gros, elle consiste à plonger en soi, dans la sensation viscérale d'être, dans le premier élan de n'importe quel désir ou mouvement.

Mais ces deux approches de la méditation et de la vie intérieure se complètent. Avec Shiva seul, on devient sec. Avec Shakti seule, on devient fou. Shiva est le silence, l'immensité, le yoni dans lequel la lingâ de la pure vibration d'être va pouvoir émerger et s'étendre à l'infini. Cette union du yoni et de la lingâ est le yoga royal, râdja yoga. 

Et indépendamment de ces symboles de la tradition, ce sont véritablement deux dimensions de la vie : ce ne sont pas que des symboles ou des inventions exotiques. Le corps est Shakti, l'espace qui l'entoure est Shiva. Le premier instant de n'importe quelle pensée est Shakti ; son dernier instant est Shiva. Et ainsi de suite. Tout est Shiva et Shakti, instant après instant. Ce ne sont pas juste des symboles. Ce sont deux éléments, aspects ou dimensions de chaque instant. Car le principe de la tradition, c'est que la tradition est là pour décrire notre expérience, notre état de conscience "ordinaire" et y pointer le miracle d'être, afin de nous amener à reconnaître l'extraordinaire dans cette soi-disant banalité de l'expérience soi-disant ordinaire.

Donc dans le désert, nous explorerons à travers la méditation de Shiva, le regard dans l'espace, la peau dans le ciel, les oreilles dans le silence... Mais aussi Shakti, car ils sont inséparable. Et le yoni invite à l'éveil de la lingâ.

Et donc à Bénarès, nous explorerons cette lingâ urbaine à travers la méditation de Shakti, la plongée instinctive en soi, pleinement abandonnée et ardente aussi, à l'écoute de l'ébullition originelle... Mais aussi à travers Shiva. Car, même si Kâshî est la cité de Shakti, de la lingâ de pur désir, débordante de lingâs vibrantes, il reste qu'il n'y a pas de Shakti sans Shiva : sans silence, on est pris par le bruit qui devient agitation, et on devient fou. C'est pourquoi certains deviennent fous ou toxicomanes, par exemple, à Bénarès. 

Shiva et Shakti se corrigent, se complètent.
Voilà pourquoi ces deux voyages se complètent :)

Le voyage dans le désert :

https://www.association-a-ciel-ouvert.org/programme-detail/le-yoga-du-coeur-et-de-lespace-mauritanie-du-26-10-2019-au-02-11-2019/909/1926.aspx

Le voyage à Bénarès (cliquer sur l'image et 0671252327 pour s'inscrire) :



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