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mercredi 10 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 84 85

Extremely early terracotta Ganesh from India, Afghanistan, or ...
Ganesha survivant, Afghanisthâna


L'expérience de l'espace :
ākāśaṃ vimalam paśyan kṛtvā dṛṣṭiṃ nirantarām |
stabdhātmā tatkṣaṇād devi bhairavaṃ vapur āpnuyāt || 84 ||
"Contemplant l'espace immaculé,
le regard immobile,
être immobile dès cet instant,
on gagnera le corps divin."

L'expérience de l'absence de tête :
līnaṃ mūrdhni viyat sarvam bhairavatvena bhāvayet |
tat sarvam bhairavākāratejastattvaṃ samāviśet || 85 ||
"Le ciel entiers dissout dans la tête,
qu'on (le) réalise comme divin.
Alors on s'absorbera entièrement dans l'être de l'éclat,
le visage du divin."

lundi 8 juin 2020

Vijnana Bhairava Tantra 80

Yoga-narasimha


L'expérience de la concentration :

sthūlarūpasya bhāvasya stabdhāṃ dṛṣṭiṃ nipātya ca |
acireṇa nirādhāraṃ manaḥ kṛtvā śivaṃ vrajet || 80 ||
"Que l'on pose et que l'on stabilise le regard
sur un objet grossier.
En peu de temps, l'attention s'affranchit du support
et l'on atteint Shiva."

Selon Shivopâdhyâya, il s'agit, encore une fois, d'une variante de la "méditation de Shiva" (shiva/shambhu/shâmbhavî-mudrâ).
En effet, le verset dit, littéralement 
"Regard stable sur phénomène grossier,
et ayant détruit [le regard extérieur ?]..."
Shivopâdhyâya interprète cette "destruction" du regard/attention extérieur comme une allusion à la méditation de Shiva : le regard est ouvert sur l'extérieur,
mais l'attention est retournée vers l'intérieur,
c'est-à-dire complètement ouverte.

Traduction littérale du verset :

"Regard stable sur phénomène grossier,
et ayant détruit,
ayant fait mental sans support en pas long,
il ira à Shiva."



dimanche 7 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 77 78 79

Pin on Indian Master Antiques


L'expérience des postures théâtrales :

karaṅkiṇyā krodhanayā bhairavyā lelihānayā |
khecaryā dṛṣṭikāle ca parāvāptiḥ prakāśate || 77 ||
"Au moment de pratiquer ces regards 
- le cadavre, la colère, la terrible, celle qui avale 
et celle qui va dans l'espace -
le souverain Bien se manifeste/ brille."

L'expérience de l'assise vide :

mṛdvāsane sphijaikena hastapādau nirāśrayam |
nidhāya tatprasaṅgena parā pūrṇā matir bhavet || 78 |
"Que l'on s'installe sur un siège moelleux
en posant seulement les fesses, 
mains et pieds sans support.
Dans cette situation adviendra
l'intelligence transcendante et pleine."

L'expérience d'embrasser l'espace :

upaviśyāsane samyag bāhū kṛtvārdhakuñcitau |
kakṣavyomni manaḥ kurvan śamam āyāti tallayāt || 79 ||
"Que l'on s’assoie correctement les bras recourbés
et que l'on pose l'attention dans l'espace formé par les bras.
La sérénité survient 
quand l'(attention) disparaît (dans cet espace)."



Sur la "posture de l'arbre" (zhan zhuang qi gong) :




Conférence sur les karanas :



Les 108 karanas (coupez le son !), notez la 52, kuncita, où les bras sont en effet recourbés vers l'avant comme dans la "posture de l'arbre" :



En chair et en os, notez la kuncita à 3'15" :




Kuncita-karana, à gauche, temple du Tamil Nâdu

samedi 6 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 76



L'expérience de l'espace lumineux :


tejasā sūryadīpāder ākāśe śabalīkṛte |
dṛṣṭir niveśyā tatraiva svātmarūpam prakāśate || 76 ||

"Que l'on fixe le regard 
sur l'espace coloré par l'éclat du soleil, d'une lampe, etc.
Là même la forme de notre Soi
se manifestera/ brillera."

ākāśe "dans l'espace", dans l'espace lumineux, formé sur la même racine -kāś "briller" que prakāśate "il se manifeste", "il brille", "il s'illustre".
Il s'agit de jeter l'attention dans le champs visuel, le champs visuel étant lui-même posé dans l'espace. 

mardi 27 novembre 2018

Chevaucher la Lumière



Dans ce passage, le sage Hollandais du XIVe siècle Ruysbroeck décrit le retournement du regard à partir de la métaphore du rayon de soleil :

"Si tu te tiens dans le rayonnement lumineux du soleil, en détournant les yeux de toutes les couleurs, de toute observation, de tout discernement et de tous les objets éclairés par le soleil, tu seras conduite dans l'objet même qui est le soleil.
De même, si tu suis l'éclat du faisceau de lumière qui, à partir de la face de Dieu, rayonne dans ton regard simple, celui-ci te conduira à la source de ton être de créature, et tu n'y trouveras rien d'autre que Dieu seul."
(Les Douze Béguines, p. 41, trad. A. Louf)

Le rayonnement lumineux du soleil est la Présence en laquelle tout apparaît et disparaît, cette lumière qui illumine tout, qui est la vision elle-même, mais qui passe généralement inaperçue, car notre regard est entièrement tourné vers les objets.

Il faut donc relâcher notre attention, la laisser se déprendre des formes et des couleurs, sans plus rien distinguer. 
C'est la vision de Shiva, regard panoramique, yeux grands ouverts, totalement ouvert. 
C'est notre "regard simple", notre visage originel.

Cette ouverture du regard équivaut à son retournement vers la source, vers la Présence lumineuse, blancheur qui contient toutes les nuances. Cette expérience est le retour "à la source de notre être de créature", à Dieu, à cette immensité consciente, mais sans fragmentation.
L'attention remonte de l'objet illuminé au sujet illuminant.

C'est l'éveil, puis la méditation, puis la vie.

mardi 16 août 2016

Transparence

Passivité : "Pâtir ne possède rien, c'est nu".
Ne rien faire, se laisser faire.
Ne pas opérer, se laisser opérer.
Disparaître, laisser apparaître.
L'âme a toujours été transparente.
Quand elle s'accorde à elle-même, elle "sort d'elle-même", de l'illusion d'elle-même, et laisse entrer ce qu'elle est et a toujours été.

Maître Eckhart dit :
"Quelque soit le sens qui doit reconnaître quelque chose, il doit être nu de toute connaissance : l’œil dans son fond doit être nu de toute couleur pour reconnaître la couleur. (Sermon 94)

Retourner le regard, c'est s'éveiller à cette transparence.


mardi 23 février 2016

Tout est contenu dans la contemplation



L'acte mystique - se laisser emporter par la vibration du cœur, tout simplement - est l'essence de tous les actes bons, beaux et justes, de tout ce que l'on appelait autrefois les "vertus".
Un moine français, Maur de l'Enfant Jésus, nous rappelle d'abord que cet acte, nommé aussi "contemplation", est un silence, mais un silence savoureux, un silence de plénitude. En lui, on se sent incapable d'agir, mais par excès et non pas à cause d'un manque :
"Cette impuissance d'agir [que l'on ressent alors] vient plutôt d'abondance et de plénitude, que de privation et de disette." Ce vide accueille les débordement de l'amour divin.
Ensuite, "on ne s'aperçoit plus que d'une lumière universelle, qui fait connaître une bonté infinie." Dans cette connaissance amoureuse ou amour pénétré de science divine, l'âme
"ne voit plus qu'une simple vérité ou lumière, et ne goûte plus qu'un simple et unique bien ; aussi ne faut-il qu'elle n'ait pour tout acte qu'une simple attention vers cette vérité, et qu'une simple inclination vers cette unique bonté, qu'elle ne doit plus regarder hors de soi ; mais elle doit contempler et aimer en soi-même, comme son unique félicité, oubliant toutes choses pour prendre en elle son seul plaisir, et pour se transformer en elle autant que la faiblesse et l'infirmité humaine le pourra permettre. Il faut dire de même des attributs divins, des illustrations admirables, des lumières, des sublimes intelligences, des profondeurs et de tout ce qu'on saurait dire et penser de distinct de la divine Essence, au moins selon notre concept ; car il faut désormais regarder tout cela comme un dans cette même Essence divine, par un simple regard actuel qui suit en tout cet état, comme la vie de notre âme."
Autrement dit, cette vibration du cœur, contemplée comme vérité et ressentie comme bonté, est simple. De sorte qu'il n'y a pas besoin de contempler ni de ressentir autre chose. De plus, cet amour véritable est "en soi", et il est vain de le chercher au-dehors. 
Et donc, attendu que cette vérité bonne est en soi et qu'elle est absolument simple, "il n'est point besoin de sortir de cette simple contemplation pour réfléchir sur les effets particuliers de l'amour de Dieu envers les hommes, puisqu'on les comprend dans l'éminence de ce regard simple et amoureux dans leur propre cause, qui est l'amour, beaucoup plus parfaitement qu'on ne pourrait faire en les considérant eux-mêmes." En d'autres termes, inutile de chercher les effets particuliers de cet amour vrai : tous les effets désirables sont contenus dans l'amour vrai lui-même, comme les rayons sont dans le soleil. Et donc, au lieu de nous disperser dans la considération de ses effets, restons recueillis dans la contemplation simple de cette Source de tous les dons, source qui est en nous, qui n'est jamais séparée de nous, même quand nous nous détournons d'elle par notre libre-arbitre.
Maur s'appuie ici sur la distinction platonicienne entre deux formes de connaissance : la connaissance discursive (dianoia), qui regarde un à un les aspects de la vérité, comme les facettes d'un diamant ; et l'intellect (noesis) qui contemple simultanément, hors du temps donc, toutes ces facettes.

Extraits du Sanctuaire de la divine sapience, de Maur, pp. 116-117
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