jeudi 10 décembre 2020

L'heure qui loge en nous - 9




Cœur de métal, 

miroir des heures de jamais,

respiration d'avant le monde.

Battement sourd de locomotive,

borborygme de vapeurs,

au seuil du silence des journées blanches.

Le soupir d'un temps sans passé ni mémoires

est l'essuie-glace des âmes.

Ronronnement d'entre les oreilles,

accompagnement des lumières d'hiver.

L'horloge mesure un temps incalculable,

une durée sans soucis, 

fleuve qui vous prend par la poitrine

jusqu'au grand large des amarres larguées.

La grand-mère rajeunit,

l'enfant vieillit,

bercés dans une même hymne aux sommeils de vie.

La vieille tricotte une manche 

pour l'enfant qui défait la pelote.

Moultes Moires peuvent bien tisser,

l'entropie peut certes se glisser :

L'horloge en mesurant

défait l'œuvre du temps

et nous rend la vie d'avant,

toute de chaleur dans les pieds

et de bonnes effluves au nez.

Il y a cette magie de la machine 

à mesurer le temps,

qui démonte le temps,

qui exorcise l'avenir,

qui restaure un avant 

d'avant le temps mesuré.

Une berceuse lactée sucrée,

automate d'éternité.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Pas de commentaires anonymes, merci.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...